Diptyque en Occitanie: 6666 et rando
des Pèlerins
To make a choice or not to make a choice
Au mois de Novembre/Décembre, alors que les
premières neiges sont tombées, après un début d’automne où je cale beaucoup de
sorties de randos, c’est pour moi le moment d’un
repos total ou partiel pour recharger des batteries. C’est aussi le moment que
je choisis pour commencer à sélectionner mes courses pour l’année suivante.
Influencé par mon background d’ingénieur, c’est un beau tableau excel qui me sert d’outil de décision. J’y mets d’abord
toutes les courses diverses et variées auxquelles je pourrais avoir une chance
de participer. C’est une liste mise à jour tous les ans avec les apparitions ou
disparitions de courses. La seconde étape est plus complexe, il faut trier et
arriver à une sélection cohérente et réaliste par rapport à mes envies et aux
fatales limitations de mon corps. Lors d’une première passe, je tagge en Non les options qui sont évidemment négatives. A
ce stade, il reste encore beaucoup de lignes. Ensuite, je ne garde que les
courses qui me font vraiment envie. Là, il reste toujours un nombre beaucoup
trop important de lignes et je veux toujours me ramener in-fine
à un nombre raisonnable, d’abord pour éviter le burn-out
et ensuite parce que je veux aussi me réserver des plages de temps pour mes randos à la journée ou sur plusieurs jours. Les derniers
choix sont les plus difficiles. En décembre 2009, je me suis heurté à un cas de
conscience. Le 23 Avril 2010 a lieu la première édition de la 6666. En dehors
de son appellation évocatrice, la course me tente énormément par son parcours
dans le massif du Caroux et par la situation de cet
objectif en début de saison, une bonne mise en train. Côté chiffres, le menu
est conséquent avec 118kms et 6666m de D+.
J’ai donc cet objectif bien ancré depuis que j’ai croisé l’un des
organisateurs sur l’Andorra Ultra Trail.
Seul problème, la semaine suivante, une autre épreuve très tentante est
organisée, la rando des Pélerins.
C’est une course en orientation en solo ou par équipe de 2 qui se déroule près
de Montpellier. Jusque là, rien que du classique mais ca
se complique avec la distance, 77km à vol d’oiseau et donc environ 110km (sans
erreur d’orientation …) pour aller chercher les 92 balises du parcours. Le
classement se fait d’abord sur le nombre de balises trouvées sachant que le
temps limite est de 24h. Le concept est innovant, un peu fou et me tente donc
énormément. A l’heure du choix, je retourne le problème dans tous les sens, et
je ne vois qu’une conclusion possible : ne pas faire de choix. Ce n’est
pas très raisonnable d’enchainer ces deux morceaux à
une semaine d’intervalle mais j’aime flirter avec les limites et celle là ne me
semble pas infranchissable. Et puis, je décide aussi de m’inscrire en Septembre
pour le Tor des Géants et ses 330 km pour 24000m de
D+. A bien y réfléchir, cet enchainement dans
l’Hérault ne me semble pas forcément l’objectif le plus déraisonnable de
l’année. Je signe donc avec une grande motivation pour ce diptyque en
Occitanie.
Préparation
indirecte
J’ai débuté la saison 2010 par une
préparation essentiellement basée sur de longues sorties en course à pied en
vue du Libyan Challenge fin Février. Après
l’annulation de la course, pour ménager ma carcasse en vue de l’objectif de
mi-septembre, je décide de poursuivre ma préparation physique en l’axant principalement
sur des sorties vélo, en plaçant tout de même une sortie qualitative de course
à pied par semaine. Je sais que ce n’est pas la meilleure façon de me préparer
pour cet enchainement en montagne mais il faudra
faire avec. A l’approche de l’objectif, j’ai plutôt de bonnes sensations … sur
un vélo. Clairement peu de repères en course à pied, en particulier pour des
sorties longues mais je subodore que le fond physique de la préparation en vélo
me permettra de supporter ces deux courses de plus de 100km. Je cours
clairement le risque de lâcher musculairement mais le fond acquis au fil des
années d’ultra en montagne devrait m’être utile en particulier dans une bonne
gestion qui j’espère me permettra d’aller au bout de mes deux objectifs.
Premier
volet : la 6666 occitane
J’ai fait le choix de ne pas en faire et
donc de participer aux deux courses. Malgré tout, je dois me rendre à
l’évidence, je ne pourrai pas être au maximum de mes possibilités sur les deux
épreuves à une semaine d’intervalle. Sur la 6666, je n’ai pas d’objectif
particulier si ce n’est de finir dans un temps raisonnable. Comme je pense
avoir mes chances de bien figurer sur la rando des Pélerins avec mon expérience de l’ultra et quelques
compétences en CO sur carte IGN, je m’aligne sur la 6666 avec le souhait de me
ménager en vue de l’objectif principal de la semaine suivante. Sauf que là, je
rêve un peu … voire beaucoup. Faire 118km avec 6666m de D+ en se ménageant et
puis quoi encore ? Donc, pas d’illusion, je vais clairement finir la
course un minimum mâché mais je garde tout de même l’espoir de ne pas me mettre
complètement à la rue pour que la semaine de récup soit suffisante avant les Pélerins. Côté temps, il me semble que, même en ménageant,
je dois pouvoir finir en 20-22h. Ce calcul est plus ou moins basé sur les
moyennes que je réalise sur des rando-courses.
L’ambiance avant le départ est sympathique
et familiale. Ca discute et on sent que, même pas très nombreux, tout ce petit
monde de traileurs est heureux de se retrouver sur
cette première. Le départ est donné à
21h sous un temps mitigé qui est plutôt une bonne nouvelle pour moi. La nuit va
être fraiche, c’est sûr mais le lendemain, je devrais
bénéficier toujours de ces températures modérées pour me ménager. Après le
départ, je prends donc mon rythme tranquille en faisant abstraction de mon
classement ou du rythme de mes compagnons. Cette première section de 21kms
jusqu’à Faugères est relativement facile avec environ
800m de D+ annoncés. A part quelques raidillons, ca
roule et le moral est plutôt bon parce que j’ai de bonnes sensations et comme
je n’ai pas d’objectif de temps, je me la coule douce …
Au bout, d’une dizaine de kilomètres, le
moral retombe significativement, j’ai des soucis avec mon genou droit, un truc
bizarre qui ne m’est jamais arrivé. De temps en temps, exclusivement sur des
passages plats ou je lance tranquillement les jambes, j’ai la sensation désagréable
d’un petit déboitement qui s’accompagne d’une légère
douleur. Ce n’est pas très handicapant, surtout que le problème ne se produit
absolument pas quand le genou est soumis à des tensions significatives en
montée et descente. C’est juste désagréable, surtout moralement parce que je me
dis que ca pourrait empirer. Dans ma tête, dans ce
cas il n’ya aucun doute sur l’issue. Le genou est une
articulation trop importante et je ne prendrai aucun risque de l’abimer significativement pour finir une course. Pendant de
nombreuses heures, je vais donc me retrouver dans une situation psychologique
bizarre où j’envisage de m’arrêter au ravito suivant
mais à chaque ravito, je jugerai la situation
suffisamment raisonnable pour tout de même continuer. Cet état d’esprit a même
quelque chose de confortable. Vers le milieu de la nuit, j’aurai une baisse de
moral qui en temps normal m’aurais presque fait songer à l’abandon en songeant
à ce qui me reste. Ce problème m’évite d’y penser, je suis simplement projeté
sur les kilomètres qui arrivent en me résignant à tout sans avoir à me
travailler l’esprit pour me motiver pour passer ce mauvais moment.
Le parcours jusqu’à Faugères,
bien que nocturne est agréable, au milieu des collines, dans des forêts, voire
des sous-bois où il faut rester vigilant pour suivre un balisage suffisant à
mon gout parce que les rubalises
n’ont pas été semées comme des petits pains au risque de gâcher le chemin mais nécessitant
il est vrai un peu d’attention, en particulier sur quelques passages
visiblement très récemment tracés en en plein milieu de la forêt sur des
chemins qui n’en sont pas. J’imagine que les traceurs se sont bien amusés.
J’arrive sans difficulté notoire et tout frais
à Faugères après 2h26 de course. Mon alti indique bien 800m de D+ mais vu mon rythme de course
pépère, j’ai du mal à croire aux 21kms annoncés. Après un rapide ravito et un remplissage de camel,
je repars sur le deuxième tronçon, plus costaud avec 1100m de D+ et surtout
25kms jusqu’à Lamalou les Bains. La nuit ne nous
laisse voir qu’une petite partie du paysage mais nous avons tout de même le
loisir de passer par de très beaux villages ou hameaux et surtout par des
crêtes qui nous offrent de superbes vues sur la plaine qui descend vers la mer méditerranée.
Le physique est toujours bon mais après environ 5 heures de course, je commence
à trouver cette nuit un peu longue. En général, je m’accommode plutôt bien de
ces nuits blanches mais ce n’est visiblement par mon jour … enfin plutôt ma
nuit. Alors je guette l’arrivée à Lamalou pour
pouvoir prendre un café qui je l’espère me réveillera. Comme je connais un peu
le coin pour y avoir fait du vélo, je crois apercevoir au détour d’un chemin
sur la crête le village de Lamalou les Bains. Je me
verrais bien plonger dans la descente mais nos gentils traceurs ont une autre
idée et il faut bien encore une demi-heure de montagnes russes sur la crête
avant de pouvoir plonger dans la descente. Ouf !
Après Lamalou les
Banis, nous rentrons dans le vif du sujet, le massif
du Caroux que nous allons sillonner pendant un peu
plus de 40kms. Malheureusement, il est un peu plus de 3h du matin et la nuit ne
donne guère l’occasion d’admirer le paysage. Malgré tout, dans cette montée,
nous traversons quelques petits villages de toute beauté. La vie doit être bien
douce dans ces petits havres de paix. Côté genou, c’est toujours stable, RAS en
montée et descente et un petit souci de temps en temps en courant sur le plat.
Adieu mon excuse pour m’arrêter, il va falloir aller au bout. C’est la dernière
remarque de ce récit sur mon genou, au fil des kms la
situation va même s’améliorer.
Après une longue montée entrecoupée de faux
plats et de petites descentes (le profil du site web
est disons … schématique), nous arrivons au sommet. Sur une telle distance,
avec un nombre de participants relativement peu élevé, je m’attendais à courir
rapidement seul et pourtant, je suis accompagné et je vois régulièrement
d’autres coureurs. La descente qui suit
me donne l’occasion de confirmer la densité du peloton. C’est comme prévu très
caillouteux. Je me régale à sautiller de pierres en pierres et dépasse quelques
concurrents visiblement peu sûrs d’eux sur ces pierres et dans la nuit. En
revanche, ca manque beaucoup de pente à mon gout. Que de lacets !! Ca part à gauche, loin, limite
en faux plat, puis à droite loin, loin … Bon, ils ont oublié dans le coin
que le chemin le plus court entre deux point, c’est la ligne droite. Boudiou, dré dans le pentu, y’a que ca de
vrai !
J’arrive à Colombières
un peu avant 6h. La nuit est encore noire et je prends un peu plus de temps au ravito pour m’alimenter avant d’attaquer le gros morceau
qui suit, une longue montée sur le plateau du Caroux.
C’est assez amusant de noter que depuis le départ, chaque section est plus
difficile que la précédente. Sur le profil, les petits coups de cul du début
laissent progressivement la place à de grosses montées de près de 1000m de D+.
Malgré les gros morceaux qui s’annoncent, le moral reste bon, nous sommes au km 59 donc à un peu moins de la moitié du parcours puisque
les 3000m de D+ sont à peine atteints. En revanche, côté physique, ca commence à pêcher. Autant depuis le départ j’avais
adopté volontairement un rythme tranquille, là, je monte lentement, contraint par
mes capacités du moment. Peut-être une digestion difficile. Je prends donc mon
mal en patience et je regarde le paysage dans le jour qui se lève. C’est de
toute beauté, magique. Nous montons dans une petite gorge qui serpente vers le
plateau du Caroux. Magnifique ambiance. Aux 2/3 de la montée, nous passons à côté d’un magnifique
gîte au bord d’un vallon et croisons quelques pêcheurs du coin. Il y a un
contrôle volant au gîte et j’apprends pour la première fois mon classement.
33eme sur 137 partants. Bon, ca me va, si je peux
continuer à me ménager comme ça en gardant cette place tout va bien. D’autant
qu’il me semble que je suis toujours dans les clous pour finir en 20/22h. Carpe
diem, mon bonhomme, une belle journée s’annonce.
La ballade touristique continue sur le
plateau du Caroux qui nous donne l’occasion de
trottiner sur du plat. Nous passons par une zone de tourbe très caractéristique.
C’est là que je dois faire un petit mea culpa. Dans les recommandations de
course, il nous était signalé que nous allions traverser sur le Caroux une zone de protection écologique particulière avec
une instruction spéciale de ne pas y pisser ni y cracher. Pour être honnête, je
ricanais un peu. Encore une précaution exagérée proche du fanatisme d’un
service de l’environnement. Mais en arrivant sur la zone, avec le petit panneau
explicitant cette instruction, je comprends. Cette tourbe est effectivement
très spéciale et il serait dommage de prendre un risque, même minime, de briser
un tant soit peu ce fragile équilibre écologique. Maintenant, il faudrait être
vicieux pour s’arrêter et pisser à cet endroit. Nous courons sur des petites
passerelles en bois et le tronçon ne dure qu’une centaine de mètres.
Encore un petit effort, nous arrivons près
de la table d’orientation et c’est
maintenant le plongeon dans la vallée sur le sentier des gardes. Je me régale,
la descente, comme annoncé est technique avec beaucoup de pierres, certaines
assez savonneuses avec l’humidité des quelques gouttes qui sont tombées hier
soir. Malheureusement, au bout d’une dizaine de minutes, c’est de nouveau le zig-zag carouxiens. Ca donne au
moins le temps d’admirer le paysage d’un côté, puis d’un autre … Un truc à attraper
le tournis. Mètre de d- après mètre de D-, je finis tout de même par arriver en
bas. Il reste un petit tronçon roulant jusqu’au ravito
que j’atteins à 9h après 12h de course. Presque 3h pour faire ce tronçon, c’est
moyen, mais je reste toujours dans les temps pour finir en 22h et surtout, ne
pas trop me griller. Les bénévoles sont aux petits soins pour nous offrir les
options copieuses et très variées du ravito.
La section suivante est à priori la plus
difficile du parcours avec 15kms et 1400m de D+ annoncés. Visuellement, sur le
profil, un beau petit pic avec une juste une petite descente au milieu de la
montée. Après une nuit fraiche et nuageuse, le temps
est maintenant au beau fixe, ce qui va nous permettre d’apprécier toute la
beauté du massif. La montée vers le village de Bardou
dans les sous-bois est agréable. Je surveille tout de même régulièrement l’alti parce que je sens que la machine est moyennement
performante. Probablement, un petit manque de carburant. Depuis quelques
heures, je suis un peu bloqué au niveau de l’estomac et je ne m’alimente
probablement pas suffisamment. Ce petit coup de mou ne m’empêche pas d’admirer
le magnifique village de Bardou, couché au fond d’une
charmante petite vallée. La sérénité du coin est juste troublée par les cris
d’un paon. Après une petite descente, j’arrive au bord d’un petit lac où
quelques pêcheurs tentent leur chance. J’ferai bien une petite sieste moi …
Bon, c’est pas l’tout mais
j’ai de la route à faire. Je m’asperge un peu d’eau et me lance dans la montée
vers Montahut. Enfin, lancer est un bien grand verbe
pour mon rythme de sénateur. Pas grave, ca dénivelle
tout de même. Après quelques lacets assez raides, le sentier part à flanc de
coteau pour aller trouver le sommet de Montahut. C’est
ce que je suppose parce que je me demande bien où il est ce sommet, c’est long,
très long cette traversée, je n’en vois pas le bout, les petits raidillons
succèdent aux faux plats. Interminable et avec le soleil qui tape je commence à
accuser sérieusement le coup. Enfin, j’aperçois
le rouge d’une voiture de pompier. Le point d’eau qui a été placé là par
l’organisation. Je n’ai pas vraiment besoin d’eau avec mon camel
toujours bien rempli mais je profite du prétexte pour faire une petite pause et
discuter avec les deux bénévoles. Je ne suis visiblement pas le seul à arriver
atteint sur ce sommet. Le coureur qui me précède est en passe d’abandonner, la
course commence clairement à être très sélective. Le petit plus du point d’eau,
c’est un café gentiment proposé. Ca me fait un bien d’enfer et j’en reprends
même un deuxième. Un bon coup de fouet qui m’est très utile pour faire un
dernier sort au petit dénivelé qui reste avant de passer au sommet. Je repars
donc tête baissée, arc-bouté sur mes bâtons pour ne faire qu’une bouchée du
dernier raidillon. Erreur, je suis de loin le concurrent qui me précède et je
rate un embranchement à gauche. Je suis à un col mais au mauvais, celui qui est
à droite du petit sommet alors qu’on doit passer à gauche. Pas grave, j’ai la
pêche et je pars tel le sanglier dans les fourrés pour couper et retrouver le
sentier. Plus tard, je rattraperai le concurrent qui me précédait. Le col à
droite retombait aussi sur le même sentier mais je pouvais difficilement le
savoir …
Le sommet passé, la descente commence par
un joli petit passage technique où je me régale. Le sentier est plus ou moins
inexistant et la trace, bien raide comme je les aime, a été faite entre les
fourrés. Ca roule comme dans du beurre. Sauf qu’après ce petit moment ludique,
devinez ce qu’on retrouve … gagné, les lacets carouxiens.
Allez, je vais pas faire ma mauvaise tête, ca donne l’occasion d’admirer le paysage quand il n’y a pas
trop de cailloux sur le chemin. Un coup de vue à droite puis à gauche et ainsi
de suite …
Je commence tout de même à trouver le temps
long sur cette section et j’ai hâte d’arriver au ravito.
A la sortie du chemin, un gentil supporter m’annonce deux petits kilomètres de
descente sur la route puis un coup de cul. C’est rare d’avoir de bonnes
indications et je dois remarquer que sur cette course, les supporters ou
bénévoles étaient souvent bien renseignés. En arrivant au bas de la vallée, j’aperçois
le village derrière une jolie colline. Ah non, c’est tout de même pas ça le
tape-cul !! Je proteste, il n’est pas sur mon profil. Frais dispo, c’est
vrai que le mot tape-cul est adapté à la grimpette mais fatigué comme je le
suis, c’est une immonde grimpette sadique plus au moins hors piste dans une
pente excessivement raide et glissante. Qu’on amène tout de suite le traçeur sur l’échafaud !!! En plus de la fatigue, je
sens que je suis à la limite de déclencher des crampes dans la partie la plus
difficile. C’est pas le moment, il faut s’arracher.
Heureusement, la vue au sommet et surtout la descente dans le château puis les
ruelles du village sont une superbe récompense. Bon, allez, je gracie le traceur
qui aura juste droit à un petit blâme pour sa petite
diablerie. Après tout, je suis sur une course qui s’appelle 6666.
Comme les autres coureurs présents au ravito, je suis soulagé d’en avoir fini avec cette longue
section qui m’aura pris 4 heures. J’ai maintenant 16h de course dans les
pattes, il reste une petite trentaine de kilomètres et 1600m de D+. Ca va être
dur de rentrer dans les 22h mais le
temps m’importe peu et je sais que je vais aller au bout de cette belle course.
C’est donc tranquillement que je pars sur la section suivante et sa douzaine de
kilomètres. Il est 15h et le soleil tape fort sur la piste qui monte dans la
forêt. Ensuite, une petite descente et un faux plat nous amène au col de Corbou et c’est là que le morceau de choix de la section
nous attend. Deux bénévoles nous attendent là pour nous aiguiller vers la
montée au Naudech. J’aperçois sur la piste quelques
boules et un cochonnet, un bon moyen de se distraire en attendant les passages
de coureurs. Pour moi, la montée au Naudech va être bien
loin d’une distraction. Je suis scotché dans la pente. Je prends mon mal en patience
en regardant l’alti. Depuis quelques heures, à chaque
montée, ma vitesse se dégrade, un mauvais présage pour la dernière section. Je
pousse tout de même un grand ouf au sommet où deux sympathiques bénévoles nous
attendent en sirotant l’apéro. Elle est pas belle la vie … La descente qui suit
va me permettre de me requinquer. Finies les descentes caillouteuses en lacets
du Caroux, nous sommes sortis du massif et nous
retrouvons des sentiers en grande partie terreux. Ca roule bien jusqu’au
village de Vieussan qu’on voit de loin dans une
superbe vallée. Clairement une très belle ballade touristique cette journée.
Avant le ravito,
j’ai décidé de m’y arrêter suffisamment pour récupérer, bien manger et ainsi
pouvoir repartir du bon pied pour la dernière section qui commence par une
belle grimpette. Au bout de quelques minutes assis, une gentille bénévole
s’inquiète pour moi. Ca va, pas de gros soucis, juste un peu fatigué …
Après un quart d’heure d’arrêt, je repars
dans le village. Ma montre indique 19h25 de course et je suis maintenant plus
dans un timing qui me ferait arriver
dans un temps proche de 23h. Même si je sors un peu de ma fenêtre target, l’objectif essentiel de finir est à priori dans la
poche. En revanche, celui de me ménager me semble quelque peu compromis. A
première vue, la bête semble significativement atteinte mais il sera bien temps
de faire le bilan à l’arrivée. Pour l’instant, je suis concentré sur la montée.
Malgré mon arrêt prolongé, je galère. J’essaie de penser à autre chose en me disant
que le D+ va finir par s’écouler lentement mais surement.
Après une dernière section bien chaude au soleil, quelques nuages sont maintenant
arrivés apportant un peu de fraicheur. Un petit orage
tombe même sur une autre montagne à quelques kilomètres. Au vu du vent, la
course devrait être épargnée par cette pluie très localisée.
Après le gros raidillon de départ, le
sentier se transforme en faux plat pour nous amener vers la tour du Pin,
magnifique bâtiment perdu au bout d’un éperon rocheux qui se voyait déjà de la
vallée. Le topo indiquait que certains pourraient courir sur cette partie. Pas
moi … Je marche en attendant impatiemment cette tour qui marque le début de la
descente. La vue sur ce monument est malheureusement
bien furtive puisque nous n’y passons pas vraiment. Après une petite partie en
sentier, la suite de la descente se déroule sur une large piste forestière. Clopin - clopant j’avance mais ma course est loin d’être
aérienne. J’ai maintenant hâte d’en finir. Une fusée arrive tout d’un coup derrière
moi. Mon moral commence à en prendre un coup quand il m’annonce peu avant de me
dépasser que c’est un relais. La course peut en effet se faire par relais de 2
ou 3, ce qui explique sa fraicheur.
Après une fin de descente raide pour
atterrir ou fond du vallon, il faut remonter de
l’autre côté. D’après le profil, on en a pour environ une centaine de mètres de
D+ après ca devrait rouler jusqu’à l’arrivée. Comme de bien entendu, je suis scotché dans la
montée et un coureur me dépasse sans soucis, un vrai solo cette fois-ci. Arrivé
au sommet, je me vois déjà franchir la ligne d’arrivée dans pas trop longtemps.
Je demande où est le début de la descente à un promeneur. ‘’Euh, pas tout de
suite, c’est un peu vallonné avant’’ qu’il me réponds. Incroyable, même les
promeneurs sont bien renseignés sur cette course. Parce que c’est sur, avant la
descente, c’est encore ‘’un peu valloné’’ et le
profil visuel a allégrement oublié les quelques coup de cul. Je ne descends
toujours pas mais mon moral lui est en chute libre. Ras le bol et aucune envie
de me forcer à courir pour rallier l’arrivée au plus vite. Même sur le plat, je
marche souvent.
Au bas d’une petite descente, mon sauveur
arrive, Philippe, alias Clierzou sur le forum UFO. Il est dans une forme exceptionnelle due à un long
arrêt forcé à Lamalou pour un gros coup de sommeil,
ce qui lui a permis de repartir comme une fusée. Très sympathiquement, il me
propose de finir ensembles. Adjugé, j’accepte avec joie et je m’accroche parce
qu’il trace le gaillard, ce qui ne nous empêche pas de discuter en permanence.
Ah ben ca va beaucoup mieux avec un bon lièvre qui en
plus est sympathique et fait la conversation. En tout cas, la preuve est faite
que c’est mon moral qui flanchait. Je ne suis pas aussi frais que Philippe mais
je suis tout de même, à peu près deux fois plus vite que le rythme que j’avais
avant son arrivée.
Enfin, nous débouchons au col, pas
mécontents d’apercevoir Roquebrun et la ligne
d’arrivée. Après quelques lacets carouxiens, nous
franchissons la ligne d’arrivée avec la famille de Philippe. 23h15 et 35eme.
Bon, ça va, je suis plus ou moins dans les clous de ce que j’avais prévu donc
je suis très content. Pour l’état de fatigue, c’est
pas le top, je suis tout de même un peu fracassé.
Une petite douche et je repars vite vers
mes montagnes du Beaumont. Je n’ai plus qu’une idée en tête, la récup, la récup
et encore la récup avant le deuxième volet du diptyque.
Le relevé alti de
ma course :

Deuxième
volet : la rando des Pélerins
Les jours qui suivent sont rassurants côté
récup. Dès le Lundi, je me sens déjà beaucoup mieux et Mardi, je prends même
mon vélo pour une petite heure tranquille sur un profil montagnard. Les jambes
tournent bien, je ne force pas mais je sens tout de même que j’ai du jus. Les
deux jours suivants passés à Paris ne sont pas la meilleure solution pour bien
continuer la récup mais, à ma grande surprise, je me réveille le Vendredi matin
en pleine forme, sans aucune trace en tout cas sensible de la 6666. Je dirais
même que je me sens presque mieux qu’avant la 6666. C’est donc le cœur léger et
remonté à bloc que je reprends la route vers Montpellier pour cette randonnée
des Pélerins.
Quelques mots sur le concept. Le départ est
donné d’un centre de vol à voile près de Montpellier pour environ 75km à vol
d’oiseau et donc probablement 110kms sans erreur de CO.
Les cartes au 1/30000e fond IGN sont données quelques minutes avant
le départ. Dans un temps maximal de 24h, il faut trouver un maximum parmi les
92 balises qui ont été posées sur le terrain. Disons plutôt peintes, pour
faciliter la tache de l’organisation, ce ne sont pas de vraies balises mais des
croix qui sont peintes à l’endroit spécifié par la définition du poste. Cette
modalité demande donc une arrivée sur le poste très précise, sachant que la
croix n’est le plus souvent visible qu’à quelques mètres. Pour attester de son
passage, il faut d’abord prendre une photo avec un appareil numérique, les
photos étant vérifiées après l’arrivée mais aussi, pour un contrôle immédiat,
noter sur son carton de contrôle son passage à la balise et le nombre de points
oranges qui sont éventuellement tracés à côté de la balise. Ce système est
assez ingénieux, si ce n’est qu’au lieu d’écrire (c’est un peu gonflant de
sortir le papier et le crayon à chaque balise), il aurait peut-être été plus
facile d’avoir un carton de contrôle sous forme de tableau avec une colonne par
nombre de points et donc de faire un trou dans la bonne colonne pour chaque
passage. Enfin, dernière modalité importante, la course se fait par équipe de
deux ou en solo. Je devais normalement faire la course en équipe mais mon
équipier a du finalement renoncer pour ne pas prendre de risque avec une
cheville durement blessée pendant l’hiver. Comme je ne voyais pas de solution satisfaisante
de remplacement à court terme. Sur ce genre de course, il est nécessaire de
bien se connaitre, certains moments pouvant être
difficiles, je me suis résolu à partir en solo. Ce n’était clairement pas ma
solution favorite, je redoutais ces 24h de CO non stop qui finissent en plus
par une nuit presque complète. En effet, le départ est donné à 4h du matin pour
passer de jour quelques endroits escarpés. Enfin, détail non négligeable, la
course se déroule en autosuffisance alimentaire avec juste des points d’eau
disposés aux trois points de contrôle du parcours.
Les multiples messages envoyés par
l’organisateur avant la course laissent penser qu’il sera très difficile
d’enquiller toutes les 92 balises. Néanmoins, j’ai bien envie de tenter le
coup. Ma tactique sera donc de prendre toutes les balises, sachant qu’il faut
les prendre dans l’ordre, tant que je serai dans la moyenne pour rentrer à 4h
avec toutes les balises. Même si les postes ne sont pas répartis régulièrement,
je me fixe un objectif de 4 balises par heures. Dès que je suis en dessous de
cette moyenne, je commence à shunter.
Arrivé en fin d’après-midi sur le site de
départ, je plante ma tente et mange mes pâtes en discutant avec Didier et
Martial. Je suis couché vers 9h et avec l’aide d’une petite pilule je m’endors
rapidement. Réveil à 2h45. J’ai bien dormi, la forme est bonne aucune sensation
de fatigue ne me reste de la 6666. En tout cas, je ne pourrai pas justifier de
la fatigue de l’enchainement si je me plante.
Vous pouvez en parallèle suivre ma
progression sur ces scans de carte CO. J’y ai aussi tracé mon parcours en rouge avec les
erreurs mais sans les jardinages autour des balises.
Carte1
Carte2
Carte3
Carte4
Carte5
Carte6
Carte7
Carte8
Même avec des fourmis dans les jambes, je
prends bien sur un départ prudent. Il faut, comme on dit en CO rentrer dans
carte et surtout ne pas s’emballer et rester concentré pour un début de CO de
nuit qui n’est pas sans risque de jardinage. Nous sommes 28 équipes et 12 solos
à prendre le départ. Je prends tranquillement mon rythme au milieu de la file
qui se dirige vers la facile première balise, un arbre mort à côté d’un pont.
Une petite photo, et je repars en marchant le temps de sortir la feuille de
papier, le crayon, d’inscrire le nombre de points et enfin de ranger tout ça.
Les quelques balises suivantes s’enchainent plutôt
bien, si ce n’est que je vais 50m trop loin à la balise 3. Je suis en fait
passé juste devant … Un petit rappel du fait qu’il faut rester vigilant pour
accéder de façon précise au poste parce qu’il n’est pas visible de loin.
A la balise 7, il y a une petite option
avec traçage dans la cambrousse pour monter directement vers la première des
antennes du parcours (la course est aussi appellée
cette année le Pèlerin des antennes). Certaines équipes semblent trouver le chemin
plus pratique même si il est un peu plus long. Perso, au risque de ne rien
gagner, j’ai envie de m’amuser. Le passage dans un ruisseau asséché est assez
bon si ce n’est que je trébuche et m’étale de tout mon long. Pour moi, pas de
bobo, mais ma boussole a moins apprécié. A première vue, elle n’est pas cassée
mais l’aiguille ne tourne plus. J’aurai beau l’agiter, la taper, rien n’y fera.
Me voilà sans boussole. Dans l’immédiat pas trop de soucis, il y a peu d’azimuts
à faire mais à la longue la confirmation de la direction risque de poser
problème. Je suis donc un peu inquiet, surtout pour la deuxième nuit où, avec
la fatigue, cette aide sera primordiale. J’espère en trouver une à un CP mais
rien n’est sur … En tout cas, il est clair que sur ce coup, j’ai été léger, une
boussole de rechange dans le sac n’aurait pas été du luxe.
Malgré la perte de l’instrument, la suite
tourne comme sur des roulettes. L’orientation nécessite une bonne attention
avec quelques postes difficiles à trouver. C’est ludique, technique sans être
trop difficile. Que du bonheur, enfin quand tout se passe bien et qu’on trouve
les fameuses croix oranges. A la 14, je dois tout de même jardiner un peu et
finalement remonter un peu sur le chemin pour trouver la croix qui est selon la
définition ‘’devant la grande falaise côté nord’’. Mais moi je n’en vois pas
qu’une de falaise … Un petit peu de temps perdu mais le moral est beau fixe
d’autant que le jour est maintenant levé. Un petit check sur ma moyenne, 14
postes trouvés en 3h15, je suis dans la bonne moyenne en courant
tranquillement.
La suite est sur le même ton jusqu’à la 19.
Ah, cette saloperie de 19 … L’attaque se fait le long d’une crête et elle doit
se trouver au sommet à une limite de végétation. Si ce n’est qu’on se trouve
dans une végétation avec beaucoup d’arbustes sans beaucoup de visibilité. Je
trouve bien un muret mais pas de trace de balise. Avec d’autres équipes et solos,
ça jardine dur autour de cette balise. Certains renoncent. Je suis toujours
dans ma moyenne, donc fidèle à ma tactique, je m’acharne et je ratisse la zone.
Il est probable que je suis passé au moins une fois devant cette foutue croix.
Je redescends un peu sur la pente et remonte avec une équipe qui viens d’arriver et on tombe pile-poil
dessus. Honnêtement, le muret, c’est plutôt une simple pierre très large
debout. Fallait vraiment la trouver celle là, mais c’est le jeu. J’ai bien
perdu une petite demi-heure sur ce coup. Je repars à l’azimut pour rejoindre un
chemin. Si ce n’est qu’un azimut sans boussole et avec un soleil très largement
caché dans les nuages, ca se
perd facilement et il suffit d’un passage avec un peu de végétation difficile à
traverser pour que je perde la bonne direction. Encore
un quart d’heure à tournicoter comme un con pour partir dans la bonne
direction. Je finis par revenir sur mes pas pour me caler sur la crête et cette
fois-ci je trouve le chemin. Une catastrophe cette balise 19, pas loin de 45mns
de perdues. Je suis maintenant au fond du peloton mais après un moment
d’énervement et de dépit, je me remotive. Après tout,
je vais arriver sur la 20 et on approche simplement des 5h de course donc je
suis toujours plus sur ma moyenne cible.
Mais comme un malheur n’arrive jamais seul,
je m’aperçois que j’ai perdu le crayon qui me sert à noter les points sur le
carton de contrôle. Là, pas trop de soucis, au pire je noterai tout à l’arrivée
en regardant les photos sur le petit écran de mon appareil. C’est un peu
gonflant mais on fera avec. Et puis, finalement, il ne faut jamais douter, entre
la 19 et la 20, je tombe sur mes sauveurs, en l’occurrence Didier et Martial.
Didier a une petite boussole de secours dans le sac et me la prête très
gentiment et Martial a un petit crayon de papier dont il ne se sert pas. Me
voilà rééquipé à neuf. Encore un grand merci à eux, je ne pense pas que
j’aurais été jusqu’au bout sans cette nouvelle boussole.
En tout cas, même si j’ai conscience
d’avoir perdu pas mal de temps, je reste concentré et surtout calme sans forcer
mon rythme, même si les jambes sont toujours très bonnes. Je suis maintenant
dans la montée vers la montagne de la Serane, 500m de
D+ et quelques balises pour agrémenter la montée. Petit à petit, nous montons
pour atteindre la brume qui est au sommet. Le temps est mitigé mais, moi qui
redoute la chaleur, ca m’arrange plutôt.
J’arrive au premier CP, peu après la balise
27 après 7h de course. Même si il est difficile de juger de mon classement
puisque tout le monde n’a pas forcément pris toute les balises jusque là, je
subodore que je ne suis tout de même pas très bien classé. Malgré tout, le
moral reste bon puisque je suis toujours sur cette fameuse moyenne. J’espérais
reprendre un peu d’avance sur ce timing mais il est vrai qu’on vient de faire
pas mal de dénivelé (1500 depuis le départ avec environ
3700 annoncés pour tout le parcours).
Je pourrais aussi utiliser comme référence
de temps les barrières horaires en l’occurrence 8h40 pour ce CP mais passer
juste à une barrière me semble tout juste donner la possibilité de rallier
l’arrivée en étant obligé de laisser beaucoup de balises.
Après le CP, nous descendons une belle
crête sur un GR. Malgré la brume c’est superbe mais, avec la roche un poil savonneuse, la prudence reste de rigueur. 5 mns après le départ, un solo qui me suit lance ‘’Merde, ma carte’’.
Oups, alors là j’ai mal pour lui. C’est vrai qu’après
le CP, le début se faisant sur GR, on pouvait se passer de sa carte et ne pas
réaliser tout de suite l’oubli. Il doit donc rebrousser chemin. Au moins celle
là, je l’ai pas faite. Je me rassure en tenant fermement ma carte et en me
repassant mentalement le rangement de l’autre carte au CP où on était sortis de
la première carte. A noter au passage que les cartes, pour des cartes IGN, sont
de très bonne qualité avec quelques imprécisions mais peu de grosses erreurs et
surtout nous ont été fournies imprimées sur un papier indéchirable qui ne prend
pas l’eau. Ce point s’avérera essentiel dans la suite.
En tout cas, j’ai raison de rester motivé
et d’y croire parce que pendant les heures suivantes, tout roule presque
parfaitement. Je jardine un peu sur la marre de la 31 et le superbe menhir de
la 38 (en fait facile mais que j’ai mal attaqué). J’enchaine
et je remonte de nombreuses équipes ou solos qui commencent à accuser le coup.
Perso, je me fais un grand plaisir. J’admire le paysage et les balises s’enchainent à un bon rythme. Il faut rester en général très
vigilant sur le suivi d’itinéraire mais il y a tout de même quelques sections
basiques avec par exemple une montée qui permettent de déconnecter et de se
reposer l’esprit, ce qui me permet de ne pas avoir encore de lassitude sur
l’orientation.
Après un long parcours en crête, j’approche
du Mt St Baudille où se trouve la balise 49, le CP2
et le début d’une longue descente vers la vallée. 11h50 de course au compteur,
toujours sur la même moyenne sachant que j’arrive sur une série de balises
assez proches qui devraient me permettre de gagner un peu de marge par rapport
au timing limite. Pour les quelques balises qui suivent, c’est toujours RAS et
le fait que je continue à avoir de bonnes jambes et à remonter des équipes
maintient mon moral au beau fixe. Même la petite erreur d’approche de la 54,
avec une autre équipe ne m’entame pas. On est montés un peu tôt sur la crête
mais le temps perdu est assez minime. Nous sommes quelques équipes à arriver en
même temps sur cette balise mais nos chemins se séparent dans la descente qui
suit. Je prends l’option de quitter la crête pour descendre plus directement et
rejoindre un chemin. C’est le bon choix. Malgré quelques passages difficiles où
les mais sont utiles, je trouve vite le chemin et la balise 55 qui suit. Bien
joué et ca continue à bien rouler si ce n’est que
dans la longue descente, je commence à ressentir la fatigue dans les jambes. Ca
ne m’empêche pas de prendre une option directissime après la 59 pour aller vers
la ruine de la 60. Probablement pas beaucoup de temps gagné mais un peu de fun
ne peut pas faire de mal et puis ca me permet de
rattraper encore une équipe, des membres d’Issy aventure. Je passe devant à la
61, qui est située dans un tunnel. Merci à eux d’avoir attendu que je ressorte
du tunnel où il était impossible de se croiser. Nous échangeons quelques mots
et sommes assez d’accord sur le fait qu’il devrait être possible de rentrer
avant 4h avec toutes les balises. L’optimisme semble justifié. Il nous reste
une trentaine de postes et 9h pour en venir à bout, sachant que sur les
derniers 20kms (distance vol d’oiseau), les balises sont souvent rapprochées.
En revanche, côté météo, c’est moins rassurant, les nuages sont plus sombres et
il tombe quelques gouttes de temps en temps.
A la balise 63, j’arrive au CP3, il est
19h30 et la barrière horaire est à 23h. L’optimisme est donc toujours de mise.
Christian l’organisateur est présent sur le CP et nous dit qu’il devrait être
possible de finir d’ici 6/7h, ce qui nous mènerait vers une arrivée avec un
carton plein vers 2h/2h30. J’aurais bien eu du mal à imaginer ce déroulement
après la satanique balise 19. Côté bouffe, j’ai plutôt bien prévu, j’ai encore
de bonnes réserves diversifiées et je mange de bon cœur sur ce CP. Rapidement
tout de même parce que je tiens à faire le maximum de chemin de jour.
La section suivante jusqu’au prochain point
d’eau commence par une montée vers les hauteurs. Tout en marchant, j’hésite
longtemps sur le choix de l’itinéraire
entre les postes 64 et 65. Je prendrais bien un raccourci hors chemin mais la
végétation est trop dense et ce n’est pas le moment de prendre un risque qui ne
rapporterait pas grand-chose. J’arrive tout de même à trouver un cheminement
qui rallonge modérément par rapport au vol d’oiseau.
La nuit est maintenant proche et la pluie
tombe régulièrement. Ambiance glauque. J’essaie d’aller jusqu’à la 67 sans
sortir la frontale mais je dois renoncer et sortir la lampe peu avant. Pour ne
rien arranger, je suis maintenant dans la brume et le faisceau de ma lampe
n’éclaire pas à plus de 2m. Heureusement, je suis sur un large chemin mais
j’ai tout de même un moment d’angoisse quand je ne trouve pas un embranchement
attendu. Suis-je à l’endroit prévu et dans la bonne direction ? A priori,
la boussole me le confirme. Je finis par tomber sur un embranchement mais pas
celui qui est prévu. Et je finis par comprendre. J’ai en fait confondu une
limite de forêt domaniale avec un chemin. Donc l’embranchement attendu n’existait
pas et j’ai suivi le bon itinéraire jusqu’à la 67.
Je poursuis mon chemin jusqu’à la 68. La
course n’est plus très aisée mais je trottine tout de même. Ce poste se révèle
coriace. C’est un aven situé non loin d’un croisement de chemin. A priori, pas
trop difficile avec un petit azimut mais avec une autre équipe nous jardinons
allégrement (sans le savoir, je suis en fait à ce moment en compagnie de
l’équipe qui va remporter la course). Après 2/3 tentatives, je remarque
quelques cairns sur un passage dégagé. Y doivent bien servir à quelque chose
ceux là. Comme le petit poucet, je suis et finis par apercevoir derrière des
arbustes l’entrée d’un trou. Impraticable par là et je fais le tour. L’entrée
est raide et étroite mais la descente au fond de l’aven vaut le coup. Il fait
un froid de canard là dedans. Je fais le tour de l’aven sans voir de croix. Bon
faut pas pousser, je ne peux pas croire qu’il y ait deux avens comme ça si
proches. J’y suis forcément. Ben oui, je suis passé deux mètres devant la croix
sans la voir. A ce moment, ce petit souci aurait du m’avertir que ma lucidité
commençait à en prendre un sérieux coup.
Après ce jardinage, la balise 69, très
proche du chemin semble sur le papier relativement facile. Toujours avec la
même équipe, nous arrivons sur le coude du chemin qui est à priori le bon point
d’attaque de la balise qui devrait en être éloigné d’une vingtaine de mètres. On
a beau sillonner le terrain, pas de trace de cette borne et de cette foutue
croix orange. Je m’accroche, j’ai du mal à renoncer à cette première balise
sachant que je suis toujours dans les temps pour tout faire. Une équipe mixte
arrive sur les lieux et participe au ratissage. Peine perdue. Les deux équipes
quittent le terrain. Je continue pendant cinq minutes mais je dois me résoudre
à quitter la place. Cette séance m’a foutu un sérieux coup au moral et j’accuse
aussi le coup physiquement. Les jambes ne sont plus très véloces et avec
l’humidité, la plante de mes pieds a morflé et me fait mal. C’est clairement le
début de la débandade.
Malgré tout, je reste motivé pour continuer
à prendre le maximum de balises et je me dirige vers la balise 70. Même si ça
implique un petit détour, je choisis l’attaque qui me semble la plus simple par
le chemin qui vient du haut. Malheureusement, ce chemin est loin d’être très clair
… surtout de nuit et je me perd plus ou moins dans les diverses traces. Pas
grave, je continue vers le sud en espérant tomber sur la limite entre le blanc
et le vert. Peine perdue, de limite, il n’y a pas, c’est un peu le boxon
partout. En tout cas, c’est l’impression que ça me donne vers 23h après 19h de
CO non-stop et avec la tête probablement très embrouillée elle aussi. Je tombe
sur un énorme mur mais j’ai du mal à naviguer autour avec une végétation dense
et je ne trouve pas trace du coude et encore moins de la moindre peinture
orange. J’essaie bien d’aller me recaler sur un croisement de chemin mais je
jardine de nouveau. Bon, on laisse tomber et je décide de reprendre le PR qui
passe par là. Même pour ça je galère et je rate un embranchement évident. Je
commence à être désabusé. Pour la 72, je décide d’aller me caler sur
l’embranchement du chemin qui permet de l’attaquer par un azimut mais de ne pas
jardiner pour trouver la marre. Je fonce direct et ca
passe ou ca casse. Comme de bien entendu je ne trouve
rien sauf une autre équipe, l’équipe d’Issy Aventure que j’avais vue avant le
CP3 et un solo rencontré aussi au CP3. Eux aussi sont plutôt en train d’errer
sans trouver de balise. Pour me remettre les idées en place et soulager la
pression je décide de rester quelque temps avec ces compagnons. Direction la 73
que l’on finit par trouver après tout de même quelques minutes de jardinage, à
ce stade c’est plutôt du labourage. Il est 0h30, 2h30 ont passé depuis ma
dernière photo prise à la balise 68. J’ai retrouvé ces heures grâce à au tag
horaire des photos numériques. Sur le moment, même si j’ai trouvé cette
séquence longue, j’étais loin de penser avoir perdu autant de temps.
En tout cas, vu l’heure, mon état de fatigue
maintenant très avancé, la plante de mes pieds douloureuse et l’ambiance froide
et humide, même si il ne pleut plus, l’objectif de base est de rallier
l’arrivée en chopant tout de même quelques balises au passage. Après la 74, on
shunte donc les 75 et 76 pour aller directement sur la 77 qui est rapidement
photographiée. Trois balises trouvées en une demi-heure, les affaires
repartent !!!
Le moral en hausse, nous repartons ensemble
vers la 78. Malheureusement, on va trop loin sur le chemin et on rate l’embranchement
pour la ruine. Ensuite, probablement toujours payant cette erreur, on arrive
aussi trop loin sur le ruisseau en contrebas et le quadrillage en règle pour
trouver la 79 est inutile. Il faudrait trouver le chemin pour monter au nord
vers la 80 mais ça nous semble illusoire et nous prenons la solution de replis
vers la route qui est à l’ouest. Grosse galère … Le pire, c’est qu’en
rejoignant péniblement cette route par le ruisseau, on est probablement passés
très près de la 79.
Je suis soulagé en arrivant sur la route
mais c’est maintenant une longue marche pour aller vers le village et la 81 qui
est obligatoire. J’arrive à trottiner de temps en temps mais en général, je
clopine péniblement et mes trois compagnons d’infortune ne sont pas non plus en
grande forme. Nous sommes Samedi soir et ca doit
faire la fête dans le coin parce qu’un certains nombre de voiture nous
croisent. J’imagine l’état d’esprit des occupants en voyant ces va-nu-pieds
oscillant entre effarement, pitié et peut-être aussi rire, ce qui est bien
compréhensible. Une voiture de l’organisation arrive à notre hauteur et
s’enquiert de notre état. Ben, c’est pas le top mais
on va bien réussir à rallier l’arrivée qui est 4/5 kms
à vol d’oiseau. On nous informe qu’il n’y a plus qu’une dizaine de
solos/équipes en course. La difficulté du parcours et des conditions a fait des
dégâts. Même si c’est difficile, c’est une motivation supplémentaire pour moi
pour ramener ma carcasse clopinante jusqu’à la ligne d’arrivée, ce qui ne sera
finalement pas si difficile. Après la 81 et 82 trouvées facilement (il est 2h40,
plus d’1h30 depuis la dernière balise prise), on coupe par un chemin idéalement
placé pour rejoindre la D122 et filer vers l’arrivée en chopant au passage la
85. On rattrape une équipe mixte qui après être passés juste à une barrière
horaire file maintenant depuis longtemps vers l’arrivée pratiquement sens
prendre de balise.
Vers 3h30, l’arrivée n’est plus qu’à
quelques centaines de mètres. On est tous lessivés mais il nous reste 30mns avant
l’heure limite et ca serait bête de ne pas essayer de
trouver les 91 et 92 toutes proches. Au vu des diverses expériences
malheureuses de la nuit, je ne suis pas très optimiste parce qu’elles semblent
placées au milieu de la cambrousse. Mais il ne faut désespérer de rien. La 91
est facilement repérée et je trouverai assez logiquement la 92 au bout de la
végétation. Bon, ca permet de finir sur une bonne
touche. Il ne reste plus qu’à faire les derniers mètres pour rejoindre
l’arrivée et recevoir les chaleureuses félicitations des bénévoles présents sur
l’arrivée.
Après avoir rendu mon carton de report, je
clopine vers ma tente pour m’allonger dans mon sac de couchage. Même
emmitouflé, je grelotte pendant une bonne demi-heure. Avec la fatigue,
l’humidité et le froid, j’ai du commencer à faire une petite hypothermie …
Le lendemain matin, je vais donner la carte
mémoire de mon appareil pour comptabiliser mes balises. Le check confirme que
j’ai pris 76 balises. Je suis 2eme sur le classement solo et 3eme ex-aequo au
scratch avec l’équipe d’Issy Aventure. Même dans la galère la persévérance pour
aller chercher tout de même quelques balises dans la nuit a payé. Je suis très
satisfait de ce résultat avec tout de même un petit regret. Comme je l’ai déjà
dit, j’étais à la balise 68 avec l’équipe gagnante qui a ramassé 84 balises. Il
était de toute façon difficile d’aller chercher toutes les balises jusqu’à la
fin mais en évitant de m’entêter sur 2/3 balises et en prenant un peu de temps
pour me reconcentrer et retrouver un peu de lucidité
j’aurais peut-être pu choper quelques balises en plus et m’approcher des 80.
Quoi qu’il en soit, cette course restera
pour moi un souvenir mémorable. J’ai été heureux de participer à cette première
édition de l’ultra CO des Pélerins avec un très beau
parcours CO sur carte IGN, de superbes paysages, une organisation parfaite et
très sympathique. Pour moi, comme le raid28 il y a quelques années, cette
course est devenue un mythe du raid CO en France et j’espère de tout cœur qu’il
y aura de nombreux raideurs, dont je serai, pour participer à la prochaine
édition en 2012.
Les
résultats officiels avec les temps de passages et classements intermédiaires
Deux photos prises au CP1 :


La photo de la diabolique balise 19 et son
muret

Une petite vidéo de l’arrivée, le zombie
clopinant à droite, c’est moi :
http://www.youtube.com/watch?v=0FZbyMJAFis&feature=player_embedded
Le relevé Alti de
la course.
