Diptyque en Occitanie: 6666 et rando des Pèlerins

 

To make a choice or not to make a choice

Au mois de Novembre/Décembre, alors que les premières neiges sont tombées, après un début d’automne où je cale beaucoup de sorties de randos, c’est pour moi le moment d’un repos total ou partiel pour recharger des batteries. C’est aussi le moment que je choisis pour commencer à sélectionner mes courses pour l’année suivante. Influencé par mon background d’ingénieur, c’est un beau tableau excel qui me sert d’outil de décision. J’y mets d’abord toutes les courses diverses et variées auxquelles je pourrais avoir une chance de participer. C’est une liste mise à jour tous les ans avec les apparitions ou disparitions de courses. La seconde étape est plus complexe, il faut trier et arriver à une sélection cohérente et réaliste par rapport à mes envies et aux fatales limitations de mon corps. Lors d’une première passe, je tagge en Non les options qui sont évidemment négatives. A ce stade, il reste encore beaucoup de lignes. Ensuite, je ne garde que les courses qui me font vraiment envie. Là, il reste toujours un nombre beaucoup trop important de lignes et je veux toujours me ramener in-fine à un nombre raisonnable, d’abord pour éviter le burn-out et ensuite parce que je veux aussi me réserver des plages de temps pour mes randos à la journée ou sur plusieurs jours. Les derniers choix sont les plus difficiles. En décembre 2009, je me suis heurté à un cas de conscience. Le 23 Avril 2010 a lieu la première édition de la 6666. En dehors de son appellation évocatrice, la course me tente énormément par son parcours dans le massif du Caroux et par la situation de cet objectif en début de saison, une bonne mise en train. Côté chiffres, le menu est conséquent avec 118kms et 6666m de D+.  J’ai donc cet objectif bien ancré depuis que j’ai croisé l’un des organisateurs sur l’Andorra Ultra Trail. Seul problème, la semaine suivante, une autre épreuve très tentante est organisée, la rando des Pélerins. C’est une course en orientation en solo ou par équipe de 2 qui se déroule près de Montpellier. Jusque là, rien que du classique mais ca se complique avec la distance, 77km à vol d’oiseau et donc environ 110km (sans erreur d’orientation …) pour aller chercher les 92 balises du parcours. Le classement se fait d’abord sur le nombre de balises trouvées sachant que le temps limite est de 24h. Le concept est innovant, un peu fou et me tente donc énormément. A l’heure du choix, je retourne le problème dans tous les sens, et je ne vois qu’une conclusion possible : ne pas faire de choix. Ce n’est pas très raisonnable d’enchainer ces deux morceaux à une semaine d’intervalle mais j’aime flirter avec les limites et celle là ne me semble pas infranchissable. Et puis, je décide aussi de m’inscrire en Septembre pour le Tor des Géants et ses 330 km pour 24000m de D+. A bien y réfléchir, cet enchainement dans l’Hérault ne me semble pas forcément l’objectif le plus déraisonnable de l’année. Je signe donc avec une grande motivation pour ce diptyque en Occitanie.

Préparation indirecte

J’ai débuté la saison 2010 par une préparation essentiellement basée sur de longues sorties en course à pied en vue du Libyan Challenge fin Février. Après l’annulation de la course, pour ménager ma carcasse en vue de l’objectif de mi-septembre, je décide de poursuivre ma préparation physique en l’axant principalement sur des sorties vélo, en plaçant tout de même une sortie qualitative de course à pied par semaine. Je sais que ce n’est pas la meilleure façon de me préparer pour cet enchainement en montagne mais il faudra faire avec. A l’approche de l’objectif, j’ai plutôt de bonnes sensations … sur un vélo. Clairement peu de repères en course à pied, en particulier pour des sorties longues mais je subodore que le fond physique de la préparation en vélo me permettra de supporter ces deux courses de plus de 100km. Je cours clairement le risque de lâcher musculairement mais le fond acquis au fil des années d’ultra en montagne devrait m’être utile en particulier dans une bonne gestion qui j’espère me permettra d’aller au bout de mes deux objectifs.

Premier volet : la 6666 occitane

J’ai fait le choix de ne pas en faire et donc de participer aux deux courses. Malgré tout, je dois me rendre à l’évidence, je ne pourrai pas être au maximum de mes possibilités sur les deux épreuves à une semaine d’intervalle. Sur la 6666, je n’ai pas d’objectif particulier si ce n’est de finir dans un temps raisonnable. Comme je pense avoir mes chances de bien figurer sur la rando des Pélerins avec mon expérience de l’ultra et quelques compétences en CO sur carte IGN, je m’aligne sur la 6666 avec le souhait de me ménager en vue de l’objectif principal de la semaine suivante. Sauf que là, je rêve un peu … voire beaucoup. Faire 118km avec 6666m de D+ en se ménageant et puis quoi encore ? Donc, pas d’illusion, je vais clairement finir la course un minimum mâché mais je garde tout de même l’espoir de ne pas me mettre complètement à la rue pour que la semaine de récup soit suffisante avant les Pélerins. Côté temps, il me semble que, même en ménageant, je dois pouvoir finir en 20-22h. Ce calcul est plus ou moins basé sur les moyennes que je réalise sur des rando-courses.

L’ambiance avant le départ est sympathique et familiale. Ca discute et on sent que, même pas très nombreux, tout ce petit monde de traileurs est heureux de se retrouver sur cette première.  Le départ est donné à 21h sous un temps mitigé qui est plutôt une bonne nouvelle pour moi. La nuit va être fraiche, c’est sûr mais le lendemain, je devrais bénéficier toujours de ces températures modérées pour me ménager. Après le départ, je prends donc mon rythme tranquille en faisant abstraction de mon classement ou du rythme de mes compagnons. Cette première section de 21kms jusqu’à Faugères est relativement facile avec environ 800m de D+ annoncés. A part quelques raidillons, ca roule et le moral est plutôt bon parce que j’ai de bonnes sensations et comme je n’ai pas d’objectif de temps, je me la coule douce …

Au bout, d’une dizaine de kilomètres, le moral retombe significativement, j’ai des soucis avec mon genou droit, un truc bizarre qui ne m’est jamais arrivé. De temps en temps, exclusivement sur des passages plats ou je lance tranquillement les jambes, j’ai la sensation désagréable d’un petit déboitement qui s’accompagne d’une légère douleur. Ce n’est pas très handicapant, surtout que le problème ne se produit absolument pas quand le genou est soumis à des tensions significatives en montée et descente. C’est juste désagréable, surtout moralement parce que je me dis que ca pourrait empirer. Dans ma tête, dans ce cas il n’ya aucun doute sur l’issue. Le genou est une articulation trop importante et je ne prendrai aucun risque de l’abimer significativement pour finir une course. Pendant de nombreuses heures, je vais donc me retrouver dans une situation psychologique bizarre où j’envisage de m’arrêter au ravito suivant mais à chaque ravito, je jugerai la situation suffisamment raisonnable pour tout de même continuer. Cet état d’esprit a même quelque chose de confortable. Vers le milieu de la nuit, j’aurai une baisse de moral qui en temps normal m’aurais presque fait songer à l’abandon en songeant à ce qui me reste. Ce problème m’évite d’y penser, je suis simplement projeté sur les kilomètres qui arrivent en me résignant à tout sans avoir à me travailler l’esprit pour me motiver pour passer ce mauvais moment.

Le parcours jusqu’à Faugères, bien que nocturne est agréable, au milieu des collines, dans des forêts, voire des sous-bois où il faut rester vigilant pour suivre un balisage suffisant à mon gout parce que les rubalises n’ont pas été semées comme des petits pains au risque de gâcher le chemin mais nécessitant il est vrai un peu d’attention, en particulier sur quelques passages visiblement très récemment tracés en en plein milieu de la forêt sur des chemins qui n’en sont pas. J’imagine que les traceurs se sont bien amusés.

 J’arrive sans difficulté notoire et tout frais à Faugères après 2h26 de course. Mon alti indique bien 800m de D+ mais vu mon rythme de course pépère, j’ai du mal à croire aux 21kms annoncés. Après un rapide ravito et un remplissage de camel, je repars sur le deuxième tronçon, plus costaud avec 1100m de D+ et surtout 25kms jusqu’à Lamalou les Bains. La nuit ne nous laisse voir qu’une petite partie du paysage mais nous avons tout de même le loisir de passer par de très beaux villages ou hameaux et surtout par des crêtes qui nous offrent de superbes vues sur la plaine qui descend vers la mer méditerranée. Le physique est toujours bon mais après environ 5 heures de course, je commence à trouver cette nuit un peu longue. En général, je m’accommode plutôt bien de ces nuits blanches mais ce n’est visiblement par mon jour … enfin plutôt ma nuit. Alors je guette l’arrivée à Lamalou pour pouvoir prendre un café qui je l’espère me réveillera. Comme je connais un peu le coin pour y avoir fait du vélo, je crois apercevoir au détour d’un chemin sur la crête le village de Lamalou les Bains. Je me verrais bien plonger dans la descente mais nos gentils traceurs ont une autre idée et il faut bien encore une demi-heure de montagnes russes sur la crête avant de pouvoir plonger dans la descente. Ouf !

Après Lamalou les Banis, nous rentrons dans le vif du sujet, le massif du Caroux que nous allons sillonner pendant un peu plus de 40kms. Malheureusement, il est un peu plus de 3h du matin et la nuit ne donne guère l’occasion d’admirer le paysage. Malgré tout, dans cette montée, nous traversons quelques petits villages de toute beauté. La vie doit être bien douce dans ces petits havres de paix. Côté genou, c’est toujours stable, RAS en montée et descente et un petit souci de temps en temps en courant sur le plat. Adieu mon excuse pour m’arrêter, il va falloir aller au bout. C’est la dernière remarque de ce récit sur mon genou, au fil des kms la situation va même s’améliorer.

Après une longue montée entrecoupée de faux plats et de petites descentes (le profil du site web est disons … schématique), nous arrivons au sommet. Sur une telle distance, avec un nombre de participants relativement peu élevé, je m’attendais à courir rapidement seul et pourtant, je suis accompagné et je vois régulièrement d’autres coureurs.  La descente qui suit me donne l’occasion de confirmer la densité du peloton. C’est comme prévu très caillouteux. Je me régale à sautiller de pierres en pierres et dépasse quelques concurrents visiblement peu sûrs d’eux sur ces pierres et dans la nuit. En revanche, ca manque beaucoup de pente à mon gout. Que de lacets !! Ca part à gauche, loin, limite en faux plat, puis à droite loin, loin … Bon, ils ont oublié dans le coin que le chemin le plus court entre deux point, c’est la ligne droite. Boudiou, dré dans le pentu, y’a que ca de vrai !

J’arrive à Colombières un peu avant 6h. La nuit est encore noire et je prends un peu plus de temps au ravito pour m’alimenter avant d’attaquer le gros morceau qui suit, une longue montée sur le plateau du Caroux. C’est assez amusant de noter que depuis le départ, chaque section est plus difficile que la précédente. Sur le profil, les petits coups de cul du début laissent progressivement la place à de grosses montées de près de 1000m de D+. Malgré les gros morceaux qui s’annoncent, le moral reste bon, nous sommes au km 59 donc à un peu moins de la moitié du parcours puisque les 3000m de D+ sont à peine atteints. En revanche, côté physique, ca commence à pêcher. Autant depuis le départ j’avais adopté volontairement un rythme tranquille, là, je monte lentement, contraint par mes capacités du moment. Peut-être une digestion difficile. Je prends donc mon mal en patience et je regarde le paysage dans le jour qui se lève. C’est de toute beauté, magique. Nous montons dans une petite gorge qui serpente vers le plateau du Caroux. Magnifique ambiance. Aux 2/3 de la montée, nous passons à côté d’un magnifique gîte au bord d’un vallon et croisons quelques pêcheurs du coin. Il y a un contrôle volant au gîte et j’apprends pour la première fois mon classement. 33eme sur 137 partants. Bon, ca me va, si je peux continuer à me ménager comme ça en gardant cette place tout va bien. D’autant qu’il me semble que je suis toujours dans les clous pour finir en 20/22h. Carpe diem, mon bonhomme, une belle journée s’annonce.

La ballade touristique continue sur le plateau du Caroux qui nous donne l’occasion de trottiner sur du plat. Nous passons par une zone de tourbe très caractéristique. C’est là que je dois faire un petit mea culpa. Dans les recommandations de course, il nous était signalé que nous allions traverser sur le Caroux une zone de protection écologique particulière avec une instruction spéciale de ne pas y pisser ni y cracher. Pour être honnête, je ricanais un peu. Encore une précaution exagérée proche du fanatisme d’un service de l’environnement. Mais en arrivant sur la zone, avec le petit panneau explicitant cette instruction, je comprends. Cette tourbe est effectivement très spéciale et il serait dommage de prendre un risque, même minime, de briser un tant soit peu ce fragile équilibre écologique. Maintenant, il faudrait être vicieux pour s’arrêter et pisser à cet endroit. Nous courons sur des petites passerelles en bois et le tronçon ne dure qu’une centaine de mètres.

Encore un petit effort, nous arrivons près de la table d’orientation  et c’est maintenant le plongeon dans la vallée sur le sentier des gardes. Je me régale, la descente, comme annoncé est technique avec beaucoup de pierres, certaines assez savonneuses avec l’humidité des quelques gouttes qui sont tombées hier soir. Malheureusement, au bout d’une dizaine de minutes, c’est de nouveau le zig-zag carouxiens. Ca donne au moins le temps d’admirer le paysage d’un côté, puis d’un autre … Un truc à attraper le tournis. Mètre de d- après mètre de D-, je finis tout de même par arriver en bas. Il reste un petit tronçon roulant jusqu’au ravito que j’atteins à 9h après 12h de course. Presque 3h pour faire ce tronçon, c’est moyen, mais je reste toujours dans les temps pour finir en 22h et surtout, ne pas trop me griller. Les bénévoles sont aux petits soins pour nous offrir les options copieuses et très variées du ravito.

La section suivante est à priori la plus difficile du parcours avec 15kms et 1400m de D+ annoncés. Visuellement, sur le profil, un beau petit pic avec une juste une petite descente au milieu de la montée. Après une nuit fraiche et nuageuse, le temps est maintenant au beau fixe, ce qui va nous permettre d’apprécier toute la beauté du massif. La montée vers le village de Bardou dans les sous-bois est agréable. Je surveille tout de même régulièrement l’alti parce que je sens que la machine est moyennement performante. Probablement, un petit manque de carburant. Depuis quelques heures, je suis un peu bloqué au niveau de l’estomac et je ne m’alimente probablement pas suffisamment. Ce petit coup de mou ne m’empêche pas d’admirer le magnifique village de Bardou, couché au fond d’une charmante petite vallée. La sérénité du coin est juste troublée par les cris d’un paon. Après une petite descente, j’arrive au bord d’un petit lac où quelques pêcheurs tentent leur chance. J’ferai bien une petite sieste moi … Bon, c’est pas l’tout mais j’ai de la route à faire. Je m’asperge un peu d’eau et me lance dans la montée vers Montahut. Enfin, lancer est un bien grand verbe pour mon rythme de sénateur. Pas grave, ca dénivelle tout de même. Après quelques lacets assez raides, le sentier part à flanc de coteau pour aller trouver le sommet de Montahut. C’est ce que je suppose parce que je me demande bien où il est ce sommet, c’est long, très long cette traversée, je n’en vois pas le bout, les petits raidillons succèdent aux faux plats. Interminable et avec le soleil qui tape je commence à accuser sérieusement  le coup. Enfin, j’aperçois le rouge d’une voiture de pompier. Le point d’eau qui a été placé là par l’organisation. Je n’ai pas vraiment besoin d’eau avec mon camel toujours bien rempli mais je profite du prétexte pour faire une petite pause et discuter avec les deux bénévoles. Je ne suis visiblement pas le seul à arriver atteint sur ce sommet. Le coureur qui me précède est en passe d’abandonner, la course commence clairement à être très sélective. Le petit plus du point d’eau, c’est un café gentiment proposé. Ca me fait un bien d’enfer et j’en reprends même un deuxième. Un bon coup de fouet qui m’est très utile pour faire un dernier sort au petit dénivelé qui reste avant de passer au sommet. Je repars donc tête baissée, arc-bouté sur mes bâtons pour ne faire qu’une bouchée du dernier raidillon. Erreur, je suis de loin le concurrent qui me précède et je rate un embranchement à gauche. Je suis à un col mais au mauvais, celui qui est à droite du petit sommet alors qu’on doit passer à gauche. Pas grave, j’ai la pêche et je pars tel le sanglier dans les fourrés pour couper et retrouver le sentier. Plus tard, je rattraperai le concurrent qui me précédait. Le col à droite retombait aussi sur le même sentier mais je pouvais difficilement le savoir …

Le sommet passé, la descente commence par un joli petit passage technique où je me régale. Le sentier est plus ou moins inexistant et la trace, bien raide comme je les aime, a été faite entre les fourrés. Ca roule comme dans du beurre. Sauf qu’après ce petit moment ludique, devinez ce qu’on retrouve … gagné, les lacets carouxiens. Allez, je vais pas faire ma mauvaise tête, ca donne l’occasion d’admirer le paysage quand il n’y a pas trop de cailloux sur le chemin. Un coup de vue à droite puis à gauche et ainsi de suite …

Je commence tout de même à trouver le temps long sur cette section et j’ai hâte d’arriver au ravito. A la sortie du chemin, un gentil supporter m’annonce deux petits kilomètres de descente sur la route puis un coup de cul. C’est rare d’avoir de bonnes indications et je dois remarquer que sur cette course, les supporters ou bénévoles étaient souvent bien renseignés. En arrivant au bas de la vallée, j’aperçois le village derrière une jolie colline. Ah non, c’est tout de même pas ça le tape-cul !! Je proteste, il n’est pas sur mon profil. Frais dispo, c’est vrai que le mot tape-cul est adapté à la grimpette mais fatigué comme je le suis, c’est une immonde grimpette sadique plus au moins hors piste dans une pente excessivement raide et glissante. Qu’on amène tout de suite le traçeur sur l’échafaud !!! En plus de la fatigue, je sens que je suis à la limite de déclencher des crampes dans la partie la plus difficile. C’est pas le moment, il faut s’arracher. Heureusement, la vue au sommet et surtout la descente dans le château puis les ruelles du village sont une superbe récompense. Bon, allez, je gracie le traceur qui aura juste droit à un petit blâme pour sa petite diablerie. Après tout, je suis sur une course qui s’appelle 6666.

Comme les autres coureurs présents au ravito, je suis soulagé d’en avoir fini avec cette longue section qui m’aura pris 4 heures. J’ai maintenant 16h de course dans les pattes, il reste une petite trentaine de kilomètres et 1600m de D+. Ca va être dur de rentrer dans les 22h mais  le temps m’importe peu et je sais que je vais aller au bout de cette belle course. C’est donc tranquillement que je pars sur la section suivante et sa douzaine de kilomètres. Il est 15h et le soleil tape fort sur la piste qui monte dans la forêt. Ensuite, une petite descente et un faux plat nous amène au col de Corbou et c’est là que le morceau de choix de la section nous attend. Deux bénévoles nous attendent là pour nous aiguiller vers la montée au Naudech. J’aperçois sur la piste quelques boules et un cochonnet, un bon moyen de se distraire en attendant les passages de coureurs. Pour moi, la montée au Naudech va être bien loin d’une distraction. Je suis scotché dans la pente. Je prends mon mal en patience en regardant l’alti. Depuis quelques heures, à chaque montée, ma vitesse se dégrade, un mauvais présage pour la dernière section. Je pousse tout de même un grand ouf au sommet où deux sympathiques bénévoles nous attendent en sirotant l’apéro. Elle est pas belle la vie … La descente qui suit va me permettre de me requinquer. Finies les descentes caillouteuses en lacets du Caroux, nous sommes sortis du massif et nous retrouvons des sentiers en grande partie terreux. Ca roule bien jusqu’au village de Vieussan qu’on voit de loin dans une superbe vallée. Clairement une très belle ballade touristique cette journée.

Avant le ravito, j’ai décidé de m’y arrêter suffisamment pour récupérer, bien manger et ainsi pouvoir repartir du bon pied pour la dernière section qui commence par une belle grimpette. Au bout de quelques minutes assis, une gentille bénévole s’inquiète pour moi. Ca va, pas de gros soucis, juste un peu fatigué …

Après un quart d’heure d’arrêt, je repars dans le village. Ma montre indique 19h25 de course et je suis maintenant plus dans un  timing qui me ferait arriver dans un temps proche de 23h. Même si je sors un peu de ma fenêtre target, l’objectif essentiel de finir est à priori dans la poche. En revanche, celui de me ménager me semble quelque peu compromis. A première vue, la bête semble significativement atteinte mais il sera bien temps de faire le bilan à l’arrivée. Pour l’instant, je suis concentré sur la montée. Malgré mon arrêt prolongé, je galère. J’essaie de penser à autre chose en me disant que le D+ va finir par s’écouler lentement mais surement. Après une dernière section bien chaude au soleil, quelques nuages sont maintenant arrivés apportant un peu de fraicheur. Un petit orage tombe même sur une autre montagne à quelques kilomètres. Au vu du vent, la course devrait être épargnée par cette pluie très localisée.

Après le gros raidillon de départ, le sentier se transforme en faux plat pour nous amener vers la tour du Pin, magnifique bâtiment perdu au bout d’un éperon rocheux qui se voyait déjà de la vallée. Le topo indiquait que certains pourraient courir sur cette partie. Pas moi … Je marche en attendant impatiemment cette tour qui marque le début de la descente.  La vue sur ce monument est malheureusement bien furtive puisque nous n’y passons pas vraiment. Après une petite partie en sentier, la suite de la descente se déroule sur une large piste forestière. Clopin - clopant j’avance mais ma course est loin d’être aérienne. J’ai maintenant hâte d’en finir. Une fusée arrive tout d’un coup derrière moi. Mon moral commence à en prendre un coup quand il m’annonce peu avant de me dépasser que c’est un relais. La course peut en effet se faire par relais de 2 ou 3, ce qui explique sa fraicheur.

Après une fin de descente raide pour atterrir ou fond du vallon, il faut remonter de l’autre côté. D’après le profil, on en a pour environ une centaine de mètres de D+ après ca devrait rouler jusqu’à l’arrivée.  Comme de bien entendu, je suis scotché dans la montée et un coureur me dépasse sans soucis, un vrai solo cette fois-ci. Arrivé au sommet, je me vois déjà franchir la ligne d’arrivée dans pas trop longtemps. Je demande où est le début de la descente à un promeneur. ‘’Euh, pas tout de suite, c’est un peu vallonné avant’’ qu’il me réponds. Incroyable, même les promeneurs sont bien renseignés sur cette course. Parce que c’est sur, avant la descente, c’est encore ‘’un peu valloné’’ et le profil visuel a allégrement oublié les quelques coup de cul. Je ne descends toujours pas mais mon moral lui est en chute libre. Ras le bol et aucune envie de me forcer à courir pour rallier l’arrivée au plus vite. Même sur le plat, je marche souvent.

Au bas d’une petite descente, mon sauveur arrive, Philippe, alias Clierzou sur le forum UFO. Il est dans une forme exceptionnelle due à un long arrêt forcé à Lamalou pour un gros coup de sommeil, ce qui lui a permis de repartir comme une fusée. Très sympathiquement, il me propose de finir ensembles. Adjugé, j’accepte avec joie et je m’accroche parce qu’il trace le gaillard, ce qui ne nous empêche pas de discuter en permanence. Ah ben ca va beaucoup mieux avec un bon lièvre qui en plus est sympathique et fait la conversation. En tout cas, la preuve est faite que c’est mon moral qui flanchait. Je ne suis pas aussi frais que Philippe mais je suis tout de même, à peu près deux fois plus vite que le rythme que j’avais avant son arrivée.

Enfin, nous débouchons au col, pas mécontents d’apercevoir Roquebrun et la ligne d’arrivée. Après quelques lacets carouxiens, nous franchissons la ligne d’arrivée avec la famille de Philippe. 23h15 et 35eme. Bon, ça va, je suis plus ou moins dans les clous de ce que j’avais prévu donc je suis très content. Pour l’état de fatigue, c’est pas le top, je suis tout de même un peu fracassé.

Une petite douche et je repars vite vers mes montagnes du Beaumont. Je n’ai plus qu’une idée en tête, la récup, la récup et encore la récup avant le deuxième volet du diptyque.

Le relevé alti de ma course :

6666-alti_tn.jpg

Le classement

 

Deuxième volet : la rando des Pélerins

Les jours qui suivent sont rassurants côté récup. Dès le Lundi, je me sens déjà beaucoup mieux et Mardi, je prends même mon vélo pour une petite heure tranquille sur un profil montagnard. Les jambes tournent bien, je ne force pas mais je sens tout de même que j’ai du jus. Les deux jours suivants passés à Paris ne sont pas la meilleure solution pour bien continuer la récup mais, à ma grande surprise, je me réveille le Vendredi matin en pleine forme, sans aucune trace en tout cas sensible de la 6666. Je dirais même que je me sens presque mieux qu’avant la 6666. C’est donc le cœur léger et remonté à bloc que je reprends la route vers Montpellier pour cette randonnée des Pélerins.

Quelques mots sur le concept. Le départ est donné d’un centre de vol à voile près de Montpellier pour environ 75km à vol d’oiseau et donc probablement 110kms sans erreur de CO. Les cartes au 1/30000e fond IGN sont données quelques minutes avant le départ. Dans un temps maximal de 24h, il faut trouver un maximum parmi les 92 balises qui ont été posées sur le terrain. Disons plutôt peintes, pour faciliter la tache de l’organisation, ce ne sont pas de vraies balises mais des croix qui sont peintes à l’endroit spécifié par la définition du poste. Cette modalité demande donc une arrivée sur le poste très précise, sachant que la croix n’est le plus souvent visible qu’à quelques mètres. Pour attester de son passage, il faut d’abord prendre une photo avec un appareil numérique, les photos étant vérifiées après l’arrivée mais aussi, pour un contrôle immédiat, noter sur son carton de contrôle son passage à la balise et le nombre de points oranges qui sont éventuellement tracés à côté de la balise. Ce système est assez ingénieux, si ce n’est qu’au lieu d’écrire (c’est un peu gonflant de sortir le papier et le crayon à chaque balise), il aurait peut-être été plus facile d’avoir un carton de contrôle sous forme de tableau avec une colonne par nombre de points et donc de faire un trou dans la bonne colonne pour chaque passage. Enfin, dernière modalité importante, la course se fait par équipe de deux ou en solo. Je devais normalement faire la course en équipe mais mon équipier a du finalement renoncer pour ne pas prendre de risque avec une cheville durement blessée pendant l’hiver. Comme je ne voyais pas de solution satisfaisante de remplacement à court terme. Sur ce genre de course, il est nécessaire de bien se connaitre, certains moments pouvant être difficiles, je me suis résolu à partir en solo. Ce n’était clairement pas ma solution favorite, je redoutais ces 24h de CO non stop qui finissent en plus par une nuit presque complète. En effet, le départ est donné à 4h du matin pour passer de jour quelques endroits escarpés. Enfin, détail non négligeable, la course se déroule en autosuffisance alimentaire avec juste des points d’eau disposés aux trois points de contrôle du parcours.

Les multiples messages envoyés par l’organisateur avant la course laissent penser qu’il sera très difficile d’enquiller toutes les 92 balises. Néanmoins, j’ai bien envie de tenter le coup. Ma tactique sera donc de prendre toutes les balises, sachant qu’il faut les prendre dans l’ordre, tant que je serai dans la moyenne pour rentrer à 4h avec toutes les balises. Même si les postes ne sont pas répartis régulièrement, je me fixe un objectif de 4 balises par heures. Dès que je suis en dessous de cette moyenne, je commence à shunter.

Arrivé en fin d’après-midi sur le site de départ, je plante ma tente et mange mes pâtes en discutant avec Didier et Martial. Je suis couché vers 9h et avec l’aide d’une petite pilule je m’endors rapidement. Réveil à 2h45. J’ai bien dormi, la forme est bonne aucune sensation de fatigue ne me reste de la 6666. En tout cas, je ne pourrai pas justifier de la fatigue de l’enchainement si je me plante.

Vous pouvez en parallèle suivre ma progression sur ces scans de carte CO. J’y ai aussi tracé mon parcours en rouge avec les erreurs mais sans les jardinages autour des balises.

Carte1 Carte2 Carte3 Carte4 Carte5 Carte6 Carte7 Carte8

Même avec des fourmis dans les jambes, je prends bien sur un départ prudent. Il faut, comme on dit en CO rentrer dans carte et surtout ne pas s’emballer et rester concentré pour un début de CO de nuit qui n’est pas sans risque de jardinage. Nous sommes 28 équipes et 12 solos à prendre le départ. Je prends tranquillement mon rythme au milieu de la file qui se dirige vers la facile première balise, un arbre mort à côté d’un pont. Une petite photo, et je repars en marchant le temps de sortir la feuille de papier, le crayon, d’inscrire le nombre de points et enfin de ranger tout ça. Les quelques balises suivantes s’enchainent plutôt bien, si ce n’est que je vais 50m trop loin à la balise 3. Je suis en fait passé juste devant … Un petit rappel du fait qu’il faut rester vigilant pour accéder de façon précise au poste parce qu’il n’est pas visible de loin.

A la balise 7, il y a une petite option avec traçage dans la cambrousse pour monter directement vers la première des antennes du parcours (la course est aussi appellée cette année le Pèlerin des antennes). Certaines équipes semblent trouver le chemin plus pratique même si il est un peu plus long. Perso, au risque de ne rien gagner, j’ai envie de m’amuser. Le passage dans un ruisseau asséché est assez bon si ce n’est que je trébuche et m’étale de tout mon long. Pour moi, pas de bobo, mais ma boussole a moins apprécié. A première vue, elle n’est pas cassée mais l’aiguille ne tourne plus. J’aurai beau l’agiter, la taper, rien n’y fera. Me voilà sans boussole. Dans l’immédiat pas trop de soucis, il y a peu d’azimuts à faire mais à la longue la confirmation de la direction risque de poser problème. Je suis donc un peu inquiet, surtout pour la deuxième nuit où, avec la fatigue, cette aide sera primordiale. J’espère en trouver une à un CP mais rien n’est sur … En tout cas, il est clair que sur ce coup, j’ai été léger, une boussole de rechange dans le sac n’aurait pas été du luxe.

Malgré la perte de l’instrument, la suite tourne comme sur des roulettes. L’orientation nécessite une bonne attention avec quelques postes difficiles à trouver. C’est ludique, technique sans être trop difficile. Que du bonheur, enfin quand tout se passe bien et qu’on trouve les fameuses croix oranges. A la 14, je dois tout de même jardiner un peu et finalement remonter un peu sur le chemin pour trouver la croix qui est selon la définition ‘’devant la grande falaise côté nord’’. Mais moi je n’en vois pas qu’une de falaise … Un petit peu de temps perdu mais le moral est beau fixe d’autant que le jour est maintenant levé. Un petit check sur ma moyenne, 14 postes trouvés en 3h15, je suis dans la bonne moyenne en courant tranquillement.

La suite est sur le même ton jusqu’à la 19. Ah, cette saloperie de 19 … L’attaque se fait le long d’une crête et elle doit se trouver au sommet à une limite de végétation. Si ce n’est qu’on se trouve dans une végétation avec beaucoup d’arbustes sans beaucoup de visibilité. Je trouve bien un muret mais pas de trace de balise. Avec d’autres équipes et solos, ça jardine dur autour de cette balise. Certains renoncent. Je suis toujours dans ma moyenne, donc fidèle à ma tactique, je m’acharne et je ratisse la zone. Il est probable que je suis passé au moins une fois devant cette foutue croix. Je redescends un peu sur la pente et remonte avec une équipe qui viens d’arriver et on tombe pile-poil dessus. Honnêtement, le muret, c’est plutôt une simple pierre très large debout. Fallait vraiment la trouver celle là, mais c’est le jeu. J’ai bien perdu une petite demi-heure sur ce coup. Je repars à l’azimut pour rejoindre un chemin. Si ce n’est qu’un azimut sans boussole et avec un soleil très largement caché dans les nuages, ca se perd facilement et il suffit d’un passage avec un peu de végétation difficile à traverser pour que je perde la bonne direction.   Encore un quart d’heure à tournicoter comme un con pour partir dans la bonne direction. Je finis par revenir sur mes pas pour me caler sur la crête et cette fois-ci je trouve le chemin. Une catastrophe cette balise 19, pas loin de 45mns de perdues. Je suis maintenant au fond du peloton mais après un moment d’énervement et de dépit, je me remotive. Après tout, je vais arriver sur la 20 et on approche simplement des 5h de course donc je suis toujours plus sur ma moyenne cible.

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, je m’aperçois que j’ai perdu le crayon qui me sert à noter les points sur le carton de contrôle. Là, pas trop de soucis, au pire je noterai tout à l’arrivée en regardant les photos sur le petit écran de mon appareil. C’est un peu gonflant mais on fera avec. Et puis, finalement, il ne faut jamais douter, entre la 19 et la 20, je tombe sur mes sauveurs, en l’occurrence Didier et Martial. Didier a une petite boussole de secours dans le sac et me la prête très gentiment et Martial a un petit crayon de papier dont il ne se sert pas. Me voilà rééquipé à neuf. Encore un grand merci à eux, je ne pense pas que j’aurais été jusqu’au bout sans cette nouvelle boussole.

En tout cas, même si j’ai conscience d’avoir perdu pas mal de temps, je reste concentré et surtout calme sans forcer mon rythme, même si les jambes sont toujours très bonnes. Je suis maintenant dans la montée vers la montagne de la Serane, 500m de D+ et quelques balises pour agrémenter la montée. Petit à petit, nous montons pour atteindre la brume qui est au sommet. Le temps est mitigé mais, moi qui redoute la chaleur, ca m’arrange plutôt.

J’arrive au premier CP, peu après la balise 27 après 7h de course. Même si il est difficile de juger de mon classement puisque tout le monde n’a pas forcément pris toute les balises jusque là, je subodore que je ne suis tout de même pas très bien classé. Malgré tout, le moral reste bon puisque je suis toujours sur cette fameuse moyenne. J’espérais reprendre un peu d’avance sur ce timing mais il est vrai qu’on vient de faire pas mal de dénivelé (1500 depuis le départ avec environ 3700 annoncés pour tout le parcours).

Je pourrais aussi utiliser comme référence de temps les barrières horaires en l’occurrence 8h40 pour ce CP mais passer juste à une barrière me semble tout juste donner la possibilité de rallier l’arrivée en étant obligé de laisser beaucoup de balises.

Après le CP, nous descendons une belle crête sur un GR. Malgré la brume c’est superbe mais, avec la roche un poil savonneuse, la prudence reste de rigueur. 5 mns après le départ, un solo qui me suit lance ‘’Merde, ma carte’’. Oups, alors là j’ai mal pour lui. C’est vrai qu’après le CP, le début se faisant sur GR, on pouvait se passer de sa carte et ne pas réaliser tout de suite l’oubli. Il doit donc rebrousser chemin. Au moins celle là, je l’ai pas faite. Je me rassure en tenant fermement ma carte et en me repassant mentalement le rangement de l’autre carte au CP où on était sortis de la première carte. A noter au passage que les cartes, pour des cartes IGN, sont de très bonne qualité avec quelques imprécisions mais peu de grosses erreurs et surtout nous ont été fournies imprimées sur un papier indéchirable qui ne prend pas l’eau. Ce point s’avérera essentiel dans la suite.

En tout cas, j’ai raison de rester motivé et d’y croire parce que pendant les heures suivantes, tout roule presque parfaitement. Je jardine un peu sur la marre de la 31 et le superbe menhir de la 38 (en fait facile mais que j’ai mal attaqué). J’enchaine et je remonte de nombreuses équipes ou solos qui commencent à accuser le coup. Perso, je me fais un grand plaisir. J’admire le paysage et les balises s’enchainent à un bon rythme. Il faut rester en général très vigilant sur le suivi d’itinéraire mais il y a tout de même quelques sections basiques avec par exemple une montée qui permettent de déconnecter et de se reposer l’esprit, ce qui me permet de ne pas avoir encore de lassitude sur l’orientation.

Après un long parcours en crête, j’approche du Mt St Baudille où se trouve la balise 49, le CP2 et le début d’une longue descente vers la vallée. 11h50 de course au compteur, toujours sur la même moyenne sachant que j’arrive sur une série de balises assez proches qui devraient me permettre de gagner un peu de marge par rapport au timing limite. Pour les quelques balises qui suivent, c’est toujours RAS et le fait que je continue à avoir de bonnes jambes et à remonter des équipes maintient mon moral au beau fixe. Même la petite erreur d’approche de la 54, avec une autre équipe ne m’entame pas. On est montés un peu tôt sur la crête mais le temps perdu est assez minime. Nous sommes quelques équipes à arriver en même temps sur cette balise mais nos chemins se séparent dans la descente qui suit. Je prends l’option de quitter la crête pour descendre plus directement et rejoindre un chemin. C’est le bon choix. Malgré quelques passages difficiles où les mais sont utiles, je trouve vite le chemin et la balise 55 qui suit. Bien joué et ca continue à bien rouler si ce n’est que dans la longue descente, je commence à ressentir la fatigue dans les jambes. Ca ne m’empêche pas de prendre une option directissime après la 59 pour aller vers la ruine de la 60. Probablement pas beaucoup de temps gagné mais un peu de fun ne peut pas faire de mal et puis ca me permet de rattraper encore une équipe, des membres d’Issy aventure. Je passe devant à la 61, qui est située dans un tunnel. Merci à eux d’avoir attendu que je ressorte du tunnel où il était impossible de se croiser. Nous échangeons quelques mots et sommes assez d’accord sur le fait qu’il devrait être possible de rentrer avant 4h avec toutes les balises. L’optimisme semble justifié. Il nous reste une trentaine de postes et 9h pour en venir à bout, sachant que sur les derniers 20kms (distance vol d’oiseau), les balises sont souvent rapprochées. En revanche, côté météo, c’est moins rassurant, les nuages sont plus sombres et il tombe quelques gouttes de temps en temps.

A la balise 63, j’arrive au CP3, il est 19h30 et la barrière horaire est à 23h. L’optimisme est donc toujours de mise. Christian l’organisateur est présent sur le CP et nous dit qu’il devrait être possible de finir d’ici 6/7h, ce qui nous mènerait vers une arrivée avec un carton plein vers 2h/2h30. J’aurais bien eu du mal à imaginer ce déroulement après la satanique balise 19. Côté bouffe, j’ai plutôt bien prévu, j’ai encore de bonnes réserves diversifiées et je mange de bon cœur sur ce CP. Rapidement tout de même parce que je tiens à faire le maximum de chemin de jour.

La section suivante jusqu’au prochain point d’eau commence par une montée vers les hauteurs. Tout en marchant, j’hésite longtemps sur le choix  de l’itinéraire entre les postes 64 et 65. Je prendrais bien un raccourci hors chemin mais la végétation est trop dense et ce n’est pas le moment de prendre un risque qui ne rapporterait pas grand-chose. J’arrive tout de même à trouver un cheminement qui rallonge modérément par rapport au vol d’oiseau.

La nuit est maintenant proche et la pluie tombe régulièrement. Ambiance glauque. J’essaie d’aller jusqu’à la 67 sans sortir la frontale mais je dois renoncer et sortir la lampe peu avant. Pour ne rien arranger, je suis maintenant dans la brume et le faisceau de ma lampe n’éclaire pas à plus de 2m. Heureusement, je suis sur un large chemin mais j’ai tout de même un moment d’angoisse quand je ne trouve pas un embranchement attendu. Suis-je à l’endroit prévu et dans la bonne direction ? A priori, la boussole me le confirme. Je finis par tomber sur un embranchement mais pas celui qui est prévu. Et je finis par comprendre. J’ai en fait confondu une limite de forêt domaniale avec un chemin. Donc l’embranchement attendu n’existait pas et j’ai suivi le bon itinéraire jusqu’à la 67.

Je poursuis mon chemin jusqu’à la 68. La course n’est plus très aisée mais je trottine tout de même. Ce poste se révèle coriace. C’est un aven situé non loin d’un croisement de chemin. A priori, pas trop difficile avec un petit azimut mais avec une autre équipe nous jardinons allégrement (sans le savoir, je suis en fait à ce moment en compagnie de l’équipe qui va remporter la course). Après 2/3 tentatives, je remarque quelques cairns sur un passage dégagé. Y doivent bien servir à quelque chose ceux là. Comme le petit poucet, je suis et finis par apercevoir derrière des arbustes l’entrée d’un trou. Impraticable par là et je fais le tour. L’entrée est raide et étroite mais la descente au fond de l’aven vaut le coup. Il fait un froid de canard là dedans. Je fais le tour de l’aven sans voir de croix. Bon faut pas pousser, je ne peux pas croire qu’il y ait deux avens comme ça si proches. J’y suis forcément. Ben oui, je suis passé deux mètres devant la croix sans la voir. A ce moment, ce petit souci aurait du m’avertir que ma lucidité commençait à en prendre un sérieux coup.

Après ce jardinage, la balise 69, très proche du chemin semble sur le papier relativement facile. Toujours avec la même équipe, nous arrivons sur le coude du chemin qui est à priori le bon point d’attaque de la balise qui devrait en être éloigné d’une vingtaine de mètres. On a beau sillonner le terrain, pas de trace de cette borne et de cette foutue croix orange. Je m’accroche, j’ai du mal à renoncer à cette première balise sachant que je suis toujours dans les temps pour tout faire. Une équipe mixte arrive sur les lieux et participe au ratissage. Peine perdue. Les deux équipes quittent le terrain. Je continue pendant cinq minutes mais je dois me résoudre à quitter la place. Cette séance m’a foutu un sérieux coup au moral et j’accuse aussi le coup physiquement. Les jambes ne sont plus très véloces et avec l’humidité, la plante de mes pieds a morflé et me fait mal. C’est clairement le début de la débandade.

Malgré tout, je reste motivé pour continuer à prendre le maximum de balises et je me dirige vers la balise 70. Même si ça implique un petit détour, je choisis l’attaque qui me semble la plus simple par le chemin qui vient du haut. Malheureusement, ce chemin est loin d’être très clair … surtout de nuit et je me perd plus ou moins dans les diverses traces. Pas grave, je continue vers le sud en espérant tomber sur la limite entre le blanc et le vert. Peine perdue, de limite, il n’y a pas, c’est un peu le boxon partout. En tout cas, c’est l’impression que ça me donne vers 23h après 19h de CO non-stop et avec la tête probablement très embrouillée elle aussi. Je tombe sur un énorme mur mais j’ai du mal à naviguer autour avec une végétation dense et je ne trouve pas trace du coude et encore moins de la moindre peinture orange. J’essaie bien d’aller me recaler sur un croisement de chemin mais je jardine de nouveau. Bon, on laisse tomber et je décide de reprendre le PR qui passe par là. Même pour ça je galère et je rate un embranchement évident. Je commence à être désabusé. Pour la 72, je décide d’aller me caler sur l’embranchement du chemin qui permet de l’attaquer par un azimut mais de ne pas jardiner pour trouver la marre. Je fonce direct et ca passe ou ca casse. Comme de bien entendu je ne trouve rien sauf une autre équipe, l’équipe d’Issy Aventure que j’avais vue avant le CP3 et un solo rencontré aussi au CP3. Eux aussi sont plutôt en train d’errer sans trouver de balise. Pour me remettre les idées en place et soulager la pression je décide de rester quelque temps avec ces compagnons. Direction la 73 que l’on finit par trouver après tout de même quelques minutes de jardinage, à ce stade c’est plutôt du labourage. Il est 0h30, 2h30 ont passé depuis ma dernière photo prise à la balise 68. J’ai retrouvé ces heures grâce à au tag horaire des photos numériques. Sur le moment, même si j’ai trouvé cette séquence longue, j’étais loin de penser avoir perdu autant de temps.

En tout cas, vu l’heure, mon état de fatigue maintenant très avancé, la plante de mes pieds douloureuse et l’ambiance froide et humide, même si il ne pleut plus, l’objectif de base est de rallier l’arrivée en chopant tout de même quelques balises au passage. Après la 74, on shunte donc les 75 et 76 pour aller directement sur la 77 qui est rapidement photographiée. Trois balises trouvées en une demi-heure, les affaires repartent !!!

Le moral en hausse, nous repartons ensemble vers la 78. Malheureusement, on va trop loin sur le chemin et on rate l’embranchement pour la ruine. Ensuite, probablement toujours payant cette erreur, on arrive aussi trop loin sur le ruisseau en contrebas et le quadrillage en règle pour trouver la 79 est inutile. Il faudrait trouver le chemin pour monter au nord vers la 80 mais ça nous semble illusoire et nous prenons la solution de replis vers la route qui est à l’ouest. Grosse galère … Le pire, c’est qu’en rejoignant péniblement cette route par le ruisseau, on est probablement passés très près de la 79.

Je suis soulagé en arrivant sur la route mais c’est maintenant une longue marche pour aller vers le village et la 81 qui est obligatoire. J’arrive à trottiner de temps en temps mais en général, je clopine péniblement et mes trois compagnons d’infortune ne sont pas non plus en grande forme. Nous sommes Samedi soir et ca doit faire la fête dans le coin parce qu’un certains nombre de voiture nous croisent. J’imagine l’état d’esprit des occupants en voyant ces va-nu-pieds oscillant entre effarement, pitié et peut-être aussi rire, ce qui est bien compréhensible. Une voiture de l’organisation arrive à notre hauteur et s’enquiert de notre état. Ben, c’est pas le top mais on va bien réussir à rallier l’arrivée qui est 4/5 kms à vol d’oiseau. On nous informe qu’il n’y a plus qu’une dizaine de solos/équipes en course. La difficulté du parcours et des conditions a fait des dégâts. Même si c’est difficile, c’est une motivation supplémentaire pour moi pour ramener ma carcasse clopinante jusqu’à la ligne d’arrivée, ce qui ne sera finalement pas si difficile. Après la 81 et 82 trouvées facilement (il est 2h40, plus d’1h30 depuis la dernière balise prise), on coupe par un chemin idéalement placé pour rejoindre la D122 et filer vers l’arrivée en chopant au passage la 85. On rattrape une équipe mixte qui après être passés juste à une barrière horaire file maintenant depuis longtemps vers l’arrivée pratiquement sens prendre de balise.

Vers 3h30, l’arrivée n’est plus qu’à quelques centaines de mètres. On est tous lessivés mais il nous reste 30mns avant l’heure limite et ca serait bête de ne pas essayer de trouver les 91 et 92 toutes proches. Au vu des diverses expériences malheureuses de la nuit, je ne suis pas très optimiste parce qu’elles semblent placées au milieu de la cambrousse. Mais il ne faut désespérer de rien. La 91 est facilement repérée et je trouverai assez logiquement la 92 au bout de la végétation. Bon, ca permet de finir sur une bonne touche. Il ne reste plus qu’à faire les derniers mètres pour rejoindre l’arrivée et recevoir les chaleureuses félicitations des bénévoles présents sur l’arrivée.

Après avoir rendu mon carton de report, je clopine vers ma tente pour m’allonger dans mon sac de couchage. Même emmitouflé, je grelotte pendant une bonne demi-heure. Avec la fatigue, l’humidité et le froid, j’ai du commencer à faire une petite hypothermie …

Le lendemain matin, je vais donner la carte mémoire de mon appareil pour comptabiliser mes balises. Le check confirme que j’ai pris 76 balises. Je suis 2eme sur le classement solo et 3eme ex-aequo au scratch avec l’équipe d’Issy Aventure. Même dans la galère la persévérance pour aller chercher tout de même quelques balises dans la nuit a payé. Je suis très satisfait de ce résultat avec tout de même un petit regret. Comme je l’ai déjà dit, j’étais à la balise 68 avec l’équipe gagnante qui a ramassé 84 balises. Il était de toute façon difficile d’aller chercher toutes les balises jusqu’à la fin mais en évitant de m’entêter sur 2/3 balises et en prenant un peu de temps pour me reconcentrer et retrouver un peu de lucidité j’aurais peut-être pu choper quelques balises en plus et m’approcher des 80.

Quoi qu’il en soit, cette course restera pour moi un souvenir mémorable. J’ai été heureux de participer à cette première édition de l’ultra CO des Pélerins avec un très beau parcours CO sur carte IGN, de superbes paysages, une organisation parfaite et très sympathique. Pour moi, comme le raid28 il y a quelques années, cette course est devenue un mythe du raid CO en France et j’espère de tout cœur qu’il y aura de nombreux raideurs, dont je serai, pour participer à la prochaine édition en 2012.

Les résultats officiels avec les temps de passages et classements intermédiaires

Deux photos prises au CP1 :

P5010546.JPGP5010547.JPG

La photo de la diabolique balise 19 et son muret 

P1010069.JPG

Une petite vidéo de l’arrivée, le zombie clopinant à droite, c’est moi :

http://www.youtube.com/watch?v=0FZbyMJAFis&feature=player_embedded

Le relevé Alti de la course.

pelerins-alti_tn.jpg