Compte rendu du
Grand Raid du Mercantour 18 Juin 2005
Etienne Fert
Initialement, je m’étais inscrit au Grand Raid du Mercantour en voyant mon rang après le tirage au sort sur la liste d’attente pour la participation à la Hardrock 100 Miles. Dans le cas où j’accèderais à la liste des participants, le Mercantour serait une course de préparation. C’est sûr, c’est trapu comme course de préparation mais quand on veut faire 100 miles et 10000+ à plus de 3000m d’altitude, faut assumer. Deuxième option, par manque de forfaits, je ne participe pas à la Hardrock et le Mercantour constitue avec l’Annecime, un mois avant, un beau duo d’ultra-trails montagnards. J’ai du finalement renoncer à la Hardrock et j’arrive donc pour participer au Mercantour motivé pour faire une belle course et compléter le duo bien entamé avec ma course sur l’Annecime. Après ce trail et d’autres rando-courses dans les Vosges, les Bauges et le Dévoluy, j’arrive déjà bien affûté pour la montagne.
A 4 heures du Matin, ce 18 Juin, je pars tout de même tranquillement dans le peloton. Finalement, le dénivelé de la course est annoncé à 6200m et avec les 105km et une course qui se passe en grande partie au dessus de 2000m d’altitude, la prudence s’impose. J’imagine assez bien être parti pour 18/20 heures de course et j’espère secrètement arriver dans les 50 premiers du peloton de 400 coureurs qui pour l’instant s’étire tranquillement sur une route en faux plat jusqu’à Venanson qui marque le début de l’ascension vers le col de Colmiane. Ces quelques kilomètres de faux plat n’ont pas suffisamment étiré le peloton et ça bouchonne un peu dans la montée. Arrivé au sommet vers 5h, le jour est déjà levé et la frontale disparaît dans mon sac. J’espère secrètement arriver avant la nuit tombée pour ne pas avoir à la ressortir.
La descente sur une piste vers Saint-Dalmas est très rapide et c’est la première grosse difficulté de la journée qui s’annonce : 1100m de dénivelé jusqu’au col de Barn. Je remonte tranquillement quelques places au fil de la montée. Je constate toujours avec surprise que certains coureurs sont déjà en surrégime et le paieront probablement plus tard. A l’approche du col le panorama sur les environs le long d’un lac glaciaire est superbe. Malheureusement la lumière est peu propice aux belles photos.
Près du col de
Barn :

Un passant qui a pris la peine de compter les coureurs nous annonce notre place : 140. Pas trop mal vu le début de course prudent. La descente avec ses multiples lacets vers la Vacherie du Collet est roulante. La petite montée qui suit sur un chemin large est douce. Sur une course plus courte, ça serait sans aucun doute courable. Là c’est l’occasion d’une petite trêve pour se ménager avant les prochaines difficultés. Ensuite, la descente jusqu’à Veneon est aussi tranquille. Je prends un peu de temps pour refaire les niveaux et bien me ravitailler avant la grosse difficulté qui vient. J’entends un coureur annoncer que c’est le moment crucial de la course. A mon avis, c’est plutôt dans la montée vers la vallée des merveilles qui sera le moment clé. Peu importe les avis divergents, après une petite traversée en forêt, nous montons directement vers le pas des Ladres. Les sensations sont excellentes, je monte sans difficulté. Je me régale et je dépasse facilement de nombreux coureurs en particuliers dans les derniers lacets de l’impressionnant col des Ladres. L’acclimatation acquise lors de mes précédentes sorties en montagne m’est très utile à presque 2500m d’altitude.
Dans la montée
vers le Pas des Ladres :

Le lac de Trecalpa dans la montée :

On aperçoit le pas
des Ladres au dessus des deux névés à gauche :

Avec les cloches agitées au passage de chaque coureur, c’est une véritable ambiance de tour de France au sommet. Je quitte cette ambiance chaleureuse pour aller en traversée vers le col des Fenestres.
A l’approche du
col des Fenestres, on aperçoit toujours le pas des
Ladres :

J’oublie partiellement la course pour apprécier le paysage mais je retrouve vite ma concentration pour la descente caillouteuse vers la Madone des Fenestres.

A l’arrivée au ravitaillement, j’ai maintenant parcouru 45 kms pour 3000m de dénivelé positif, tout cela en 7h20. C’est prometteur d’autant que suis encore frais et que j’ai maintenant remonté en dessous de la 100eme place. J’apprends que la féminine que je viens de dépasser dans la descente, Katelle Corne, est première, ce qui est un bon repère pour moi.
Après avoir là encore bien refait les niveaux d’eau et mangé, je pars dans la montée vers la baisse des cinq lacs. Et là, …. Le trou noir. Je me souviens du début mais je suis incapable de dire ce qui s’y est passé après, outre que j’ai continué à dépasser d’autres concurrents. Je n’ai même pas le souvenir du paysage !!! Je devais être parti dans des rêvasseries sans fin et la machine tournait toute seule.
Je retrouve mes esprits et ma mémoire dans la courte descente avant la montée vers la baisse de Prals. La crête semble haute et lointaine mais il n’y a après tout que 180 m de dénivelé qui sont vite avalés.
Avant la montée vers la baisse
de Prals :

Au sommet, je m’informe de nouveau de mon classement : 63. Ca descend vite et je suis maintenant près de mon objectif ambitieux des 50 premiers mais le compteur se bloquera par la suite à ce niveau.
Dans la descente, bien que très prudent, je suis à deux doigts de me faire une entorse à la cheville. Heureusement, je suis très souple de ce côté et la petite douleur de la torsion disparaît vite avec le mouvement. Plus de peur que de mal. En bas, nous rejoignons une petite route qui monte en faux plat vers le relais des Merveilles. Là encore, c’est courable mais je me ménage en marchant d’autant que la chaleur est maintenant forte : il est 13h.
Au ravitaillement, je récupère le sac laissé au départ de la course, ce qui me permet de changer de chaussettes, petit confort non négligeable. Après avoir pas mal mangé, je quitte le ravitaillement en faisant quelques petits calculs mentaux. La mi-course est maintenant déjà un peu dépassée. Compte tenu des 9 heures passées sur cette portion, je me dis que je peux raisonnablement finir en 18 heures.
Il reste un petit kilomètre de calme sur la route avant de repartir au combat vers le pas de L’Arpette. Dans les premiers lacets de la montée, je réalise que j’ai fait une petite erreur au dernier ravitaillement. J’ai un peu trop mangé et ma digestion avec la chaleur est en train de me perturber pour ce début de montée. Rien de grave, les sensations sont moyennes et j’ai l’impression de me traîner mais après vérification sur mon alti, j’ai simplement perdu 10/15% en vitesse et je me rapproche petit à petit d’autres coureurs. Je prends mon mal en patience et le sommet se rapproche. On sort rapidement de la végétation pour marcher au milieu d’un champ de pierres très impressionnant et le col finit par se dessiner au loin. En arrivant au sommet, je peine un peu et je bascule en poussant un ouf de soulagement et un oh d’émerveillement. Malgré les nuages qui obscurcissent partiellement le ciel, le paysage est vraiment fantastique. Je ne connaissais pas et je promets déjà d’y revenir plus tard. Nous entrons dans un espace protégé et, point particulier du règlement, les bâtons ne sont pas autorisés sur cette portion. C’est donc sans mes béquilles habituelles et un peu désorienté par cette absence que je me lance dans la descente douce vers le refuge des Merveilles.
Au ravitaillement du refuge, je prends le temps de m’allonger pour récupérer après cette montée difficile. Nous repartons à plusieurs coureurs très près les uns des autres. La pause m’a été particulièrement bénéfique. Je peinais et je repars fringuant dans cette montée entraînant mes compagnons de route. Le mauvais moment est passé. La cime du Diable se profile à l’horizon, effrayante et justifiant son nom. Nous doutons qu’il existe un passage dans cette paroi jonchée de pierres énormes. En arrivant au névé planté au pas de Trem, la voie vers la cime semble heureusement plus humaine. Je prends la tête du petit peloton mais je ne suis tout de même pas à la fête. Jusqu’aux 2685m du sommet, je vais chercher mon souffle et pour la première fois de la course subir l’altitude.
Le sommet de la cime du Diable
et la vallée des Merveilles dans le fond :

Au sommet, je profite du moment, du paysage et d’une petite discussion avec les sympathiques bénévoles du poste de contrôle avant de me lancer dans la descente. Sur la carte IGN, le sentier est marqué en pointillés rouges, ce qui signifie des passages dangereux. Je m’engage aussi pour un dénivelé négatif de presque 2000m. En dehors de sorties d’Alpinisme, je n’ai jamais fait une descente aussi longue et appréhende de finir avec les muscles complètement en vrac. Heureusement, maintenant sorti de l’espace protégé, je peux utiliser de nouveaux mes bâtons. Ils ne me seront pas très utiles dans les gros blocs qu’il faut franchir juste après la cime du diable. J’ai une pensée pour les derniers de la course qui devront franchir ces passages de nuit. J’apprendrai aussi plus tard qu’un concurrent est tombé sur ce passage et s’est suffisamment cogné la tête pour nécessiter un rapatriement par hélicoptère. La suite de la descente jusqu’au col de Raus en lacets est plus roulante. Les contrôleurs de ce poste annoncent encore deux kilomètres de sentiers puis une grande piste jusqu’au prochain ravitaillement à Belvédère dans 9 kilomètres. C’est normalement l’affaire d’une heure de course. Au fil de cette descente interminable sur cette piste en faux plat, il faudra se rendre à l’évidence, le mètre étalon a été égaré dans cette région. Certains diront qu’il y avait en fait 15 kms entre le col de Raus et le ravitaillement. Je mettrai en tout cas 1h40 pour faire ce tronçon.
La vallée après le col de Raus :

Au ravitaillement de Belvédère après 15h10 de course, je suis maintenant bien entamé physiquement et je commence à envisager l’arrivée avec envie. Il reste 17km et deux montées de 300m et 450m de dénivelé. L’arrivée avant la nuit semble compromise. Depuis la montée vers le refuge des Merveilles, ma place est restée stable et je doute de pouvoir arriver dans les 50 premiers comme je le rêvais. Le moral néanmoins bon, je m’engage dans la montée assez douce. Je suis rapidement dépassé par la première féminine qui semble bien fringante. Je serai encore plus impressionné plus tard quand j’apprendrai qu’avant cette victoire, elle avait déjà gagné au raid du Cromagnon deux semaines avant qui est de difficulté comparable. Chapeau bas !
Après une première montée de 200m+, suit une longue traversée et encore une montée pour atteindre le point le plus haut de cette traversée. C’est long, très long, interminable même mais je finis par arriver à Berthemont les Bains. Il me reste 9km et surtout la dernière montée de 450m+. Je m’octroie une petite pause pour repartir plus frais. Après une petite montée et une courte traversée arrive le gros morceau. Quelque peu facétieux, les organisateurs annoncent 50 lacets avant de rejoindre le sommet ! Pas très rassurant … Le même panneau annonce 200m+ jusqu’au sommet. Heureusement pour mon moral dans cette montée, et grâce à mon altimètre, je sais qu’il y a en fait 300m+. J’ai l’impression de me traîner lamentablement dans ces lacets interminables. En fait, je montais à 600m/h, ce qui n’est tout de même pas le rythme de la tortue que j’avais l’impression d’être. Au sommet, deux bénévoles nous attendent. Je leur fais tout de suite la remarque sur le panneau indiquant 200m. Les pauvres !!! Chacun des 300 finishers leur fera la même remarque … Ils sont bien sympathiques et le prennent avec bonne humeur. Je prends quelques minutes de repos et accepte bien volontiers le café qu’ils me proposent. Quelques renseignements pris sur la descente jusqu’à Saint-Martin, je pars du point de contrôle avec un coureur avec lequel j’ai déjà fait une partie de la descente jusqu’à Belvédère. D’un commun accord, nous décidons de faire la route ensembles jusqu’à St martin. Mon rêve de terminer avant la nuit s’écroule et je dois sortir ma frontale pour la descente technique jusqu’à une piste large. Ensuite, nous alternons course et marche pour rejoindre tranquillement l’arrivée avec le temps total de 18h52 et la 63eme place sur 284 arrivant. Le premier, Daichiri Dawa Sherpa, l’extraterrestre de l’ultra-trail, est arrivé depuis longtemps en 12h22. Pour moi, une superbe course, pratiquement ma meilleure performance sur cette distance et une merveilleuse journée dans les paysages du Mercantour. Le bruit courait il y a quelque temps que les organisateurs réfléchissaient à une course plus longue de 160 kms pour 11000m+. Je signerais aujourd’hui J.
Le profil fourni
par l’oganisation :

Le relevé
Polar :
